2005.04

Arts et culture

Le film Paon — entre le rêve et la réalité

Texte de Fang Fen



C'est à la fin du mois de février 2005 que le film Paon a été projeté sur les écrans chinois. Récompensé de l'Ours d'argent et du grand prix du jury, lors de la 55e Berlinale (Festival international du film de Berlin), Paon a reçu les acclamations du public.

L'affiche produite par le peintre Fang Lijun révèle parfaitement le thème du film. Les personnes qui volent représentent les hommes à la poursuite de leurs rêves.
Une affiche magnifiquement conçue.

Paon, film sur la jeunesse et le rêve, est le premier film tourné sous la direction du célèbre cameraman Gu Changwei. L'audience a été particulièrement émue par l'histoire centrée autour de la poursuite incessante des rêves, l'affection entre parents et enfants et le compromis avec la réalité plus terne. Paon est un film qui donne l'expression aux aspirations des gens mais aussi à leurs regrets et souvenirs.
Filmé du point de vue du jeune frère, Paon décrit en trois actes, la vie d'une famille ordinaire de cinq personnes, dans une petite ville du centre de la Chine entre les années 1970 et 1980. Il retrace la vie et le destin de trois enfants, une sœur et ses deux frères. La jeune fille, très calme, possède une forte volonté et s'échappe de la réalité quotidienne en s'enfermant dans un monde irréel. Amoureuse d'un parachutiste, elle rêve notamment de joindre la troupe locale de parachutistes. Elle finit par se marier pour obtenir un emploi mais finit par divorcer. Le frère aîné, un jeune obèse nigaud tourné en ridicule, prouve finalement qu'il n'est pas aussi bête qu'il en a l'air lorsque, après avoir épousé une jeune campagnarde dans le cadre d'un mariage arrangé, il devient businessman grâce aux réformes économiques de la Chine. Le plus jeune, calme et maigrichon, se sent humilié par le succès de son frère et quitte la ville dans un élan de désespoir.

Une trace de vie
Le scénariste, Li Qiang, a écrit cette histoire en se basant sur sa propre expérience et ses souvenirs personnels de son enfance dans la province du Henan. Selon lui, «La soi–disant douceur de cette histoire vient de ce que chacun accepte de se rappeler des souvenirs douloureux. Cela inspire de ce fait beaucoup de tendresse». Le film Paon est en réalité la rétrospection de la vie de la génération née dans les années 1950 et 1960. Les scènes du film qui reflètent la vie quotidienne dans un pays en transition, d'une économie de marché planifiée vers le marché libre, évoquent les souvenirs doux–amers des années passées.
Le film est avant–tout un film humain : les sacrifices des parents pour leurs enfants, le jeune frère se plaignant auprès de son grand frère, la vanité de ce dernier à l'école…L'attachement émotionnel parmi les membres de la famille, la sympathie, la compassion et la vanité sont des sentiments universels et familiers que partage le public, même étranger. D'après Li Qiang, «Les gens simples qui ne laissent aucune trace de leur vie dans l'histoire sont les gens avec qui il sympathise». La vie des gens ordinaires est identique et seule la vie en tant que telle est impressionnante. En conséquence, le film possède le potentiel nécessaire pour captiver les gens des quatre coins du monde.
«De nombreuses personnes essaient de foncer vers leurs idéaux mais sont frustrées par la réalité. Cela est pour moi à la fois tragique, solennel et respectueux. Ils ne peuvent se débarrasser de la contrainte exercée par une vie médiocre, mais leur expression tranquille et pourtant tenace est aussi digne d'être respectée que celle de ceux qui ont accompli des faits héro?ques. C'est mon idée de l'esthétique qui subverti le cliché». Ainsi Li exprime sa conciliation avec le destin.

La fille de la famille avec ses parents.
La sœur se rendant à un examen de santé pour entrer dans la troupe de para.

Le titre et la fin
On pourrait trouver étrange qu'un film sur le thème de l'humanité et du destin soit appelé Paon, mais pour le réalisateur, ce tire reflète l'admiration que chacun porte sur son voisin tout au long de sa vie. Tout le monde ressemble à un paon, avec ses sentiments d'amour et de haine, de joies et de tristesse, comme une plume colorée. Lors de la scène finale, trois jeunes protagonistes dans un zoo attendent que le paon fasse la roue. Après une longue attente, ils finissent par perdre patience et sont sur le point de s'en aller. Or, c'est à ce moment que le paon laisse voir sa superbe queue.
Pour les critiques et le public, le film montre surtout la cruauté de la vie. Mais pour le scénariste, la fin n'est pas désespérée en dépit de la tristesse qui s'en dégage, car la vie quotidienne est digne de respect.
Le directeur
Gu Changwei, l'un des cameramens chinois les plus connus, a intégré l'Institut de cinéma de Beijing en 1987. Après plusieurs années d'expérience à travailler comme cameraman, ses travaux ont gagné la reconnaissance du public tandis qu'il était en compétition pour de nombreux prix domestiques. Avec le large succès du Sorgho rouge de Zhang Yimou, il obtint le prix du meilleur cameraman lors du 8e "Coq d'or". En 1993, il fut nominé pour le 66e Oscar pour son superbe travail réalisé dans le cadre du film Adieu ma concubine et remporta la récompense du meilleur cameraman lors du 15e Festival international du film de Hawaii en 1995 avec le Guerrier Lanling. Son premier travail de directeur a été récemment récompensé de l'Ours d'argent à Berlin. Aujourd'hui, il prépare une nouvelle collaboration avec le scénariste Li Qiang pour un film intitulé Le début du printemps.

Scène phare du film : la sœur, à la poursuite de son rêve, accroche un parachute à sa bicyclette et vole dans la rue.

Les acteurs
Gu a choisit de nouveaux visages pour ses rôles principaux et ses trois étudiants de cinéma, réunis pour le casting, n'ont pas déçu le directeur.
Le rôle de la sœur a été attribué à Zhang Jingchu, diplômée du département de réalisation de l'Institut central de théâtre moderne. En dépit de deux films et d'une huitaine de films télévisés réalisés, elle est encore peu connue du public.
La performance de Zhang dans Paon a grandement impressionné le monde du cinéma et suscité l'attention des médias et du public. Certains l'appellent déjà «la petite Zhang Ziyi». Celle–ci est devenue connue grâce au film Mon père et ma mère du directeur Zhang Yimou qui avait remporté l'Ours d'argent dans le cadre de la 50e Berlinale.

Gu Changwei brandissant l'Ours d'argent lors de la cérémonie de remise des prix.

Films chinois récompensés lors de la Berlinale :
En 1988, Le sorgho rouge de Zhang Yimou a été récompensé de l'Ours d'or lors du 38e Festival International de films de Berlin.
En 1990, L'année de mon signe de Xiefei a été récompensé de l'Ours d'argent lors du 40e Festival International de films de Berlin.
En 1993, La fabricante d'huile de sésame de Xie Fei et Le banquet de mariage de Ang Lee ont tous deux été récompensés de l'Ours d'or lors du 43e Festival International de films de Berlin.
En 1995, la Rougeur de Li Shaohong a été récompensé de l'Ours d'argent lors du 45e Festival International de films de Berlin.
En 1996, L'oreille du soleil de Ho Yim a été récompensé du Meilleur prix du directeur — Ours d'argent lors du 46e Festival International de films de Berlin.
En 2000, Mon père et ma mère de Zhang Yimou a été récompensé de l'Ours d'argent du 50e Festival International de films de Berlin.
En 2001, Beijing Bicycle de Wang Xiaoshuai a été récompensé de l'Ours d'argent du 51e Festival International de films de Berlin.
En 2003, le Puits blindé de Li Yang a été récompensé de l'Ours d'argent du 53e Festival International de films de Berlin.
En 2004, Au sud des nuages de Zhu Wen a été récompensé du prix NETPAC.
En 2005, Paon de Gu Changwei a été récompensé de l'Ours d'argent — Grand prix du jury du 55e Festival International de films de Berlin.