2005.07

Exclusif

A la mémoire des étrangers qui se sont investis pour défendre la Chine contre l'invasion japonaise

Texte de Wang Yongqiang



En commémoration du 60e anniversaire de la défaite du fascisme et de la victoire de la Chine dans la Guerre de résistance contre l'agression japonaise.

8 mai 2005 : le président chinois Hu Jintao rencontre des vétérans russes à l'ambassade de Chine à Moscou, à l'occasion de la célébration russe pour marquer le 60e anniversaire de la Grande Guerre patriotique contre l'Allemagne. (Hu Haixin/Agence de presse Xinhua)

Le président chinois salue les vétérans russes
L'année 2005 marque un anniversaire important pour ceux qui chérissent la paix. Il y a en effet soixante ans, le fascisme était défait et la Chine célébrait sa victoire de la Guerre de résistance contre l'agression japonaise. Les pays du monde entier vont organiser cette année des événements en l'honneur de ceux qui se sont sacrifiés pour la paix.
Le gouvernement russe a célébré le 9 mai 2005, la commémoration officielle du 60e anniversaire de la fin de la Grande Guerre patriotique contre l'Allemagne. Les dirigeants de plus de 50 pays incluant le président chinois Hu Jintao et des représentants des organisations internationales avaient été invités à participer à cette grande cérémonie. La veille de l'événement, Hu jintao a rencontré au sein de l'ambassade de Chine à Moscou des vétérans russes qui s'étaient battus sur les champs de bataille dans le Nord–Est de la Chine, ainsi que des parents de ceux qui ont laissé leur vie dans la Guerre de résistance contre l'agression japonaise en Chine.
Il y a 60 ans, des soldats russes s'étaient rendus dans le Nord–Est de la Chine pour combattre les envahisseurs. A l'aube du 9 août 1945, avec l'aide des forces alliées anti–japonaises du Nord–Est de la Chine, un million de soldats russes de l'Armée rouge lancèrent une série d'offensives contre les forces japonaises, écrasant rapidement les occupants. Le 18 août 1945, les troupes japonaises basées dans le Nord–Est de la Chine capitulèrent. L'action de l'Armée rouge et les sacrifices humains réalisés ont permis à la Chine de mettre un terme à l'agression japonaise en Chine.
«Cela a été la guerre la plus cruelle de l'histoire de l'humanité» a déclaré à l'occasion le président Hu Jintao avec beaucoup d'émotion. «Les chinois et le peuple soviétique ont lutté main dans la main. Il en résulte une grande et durable amitié entre nos deux peuples. A cette époque, de nombreux jeunes Chinois comme Mao Anying, le fils aîné du président Mao Zedong, ont rejoint l'Armée rouge de l'Union soviétique pour lutter contre le fascisme allemand» a–t–il poursuivit. «A un moment décisif pour la Chine, l'Armée rouge s'est rendue sur les champs de bataille du Nord–Est de la Chine pour rejoindre les troupes chinoises et se battre contre l'envahisseur japonais. Cette aide a joué un grand rôle dans la victoire de la Chine contre le Japon. Les Russes ont apporté une grande contribution à notre pays».
Le leader chinois a conclu son discours en saluant à trois reprises les vétérans présents au nom de sa nation et dans un geste de très sincère gratitude.

Le président Mao a rencontré le journaliste américain Edgar Snow lors de sa seconde visite à Yan'an en octobre 1939. (Agence de presse Xinhua)
1er octobre 1970 : le président Mao se tient côte à côte avec le journaliste américain Edgar Snow en réponse à la volonté des Etats–Unis d'améliorer les relations diplomatiques sino–américaines. (Agence de presse Xinhua)

Des journalistes étrangers ouvrent la porte à la diplomatie
Après avoir pris son poste en 1969, le président américain Richard Nixon a exprimé son intention d'améliorer les relations sino–américaines. Cette volonté a été bien accueillie par le président Mao Zedong, politicien prévoyant. Le 1er octobre 1970, le président Mao rencontrait ainsi le journaliste américain Edgar Snow et sa femme sur la tribune de la place Tian'anmen. Le jour suivant, une photo prise pendant le meeting était publiée dans le People's Daily. Le 18 décembre 1970, le président Mao rencontra de nouveau E. Snow et lui fit savoir que le président américain était le bienvenu en Chine. En juillet 1971, le secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger s'est rendu en Chine en secret. La visite historique du président durant laquelle le Communiqué conjoint de la République populaire de Chine et des Etats–Unis d'Amérique a été signé à Shanghai, a eu lieu en février 1972.
Mr. Snow a été sélectionné par les leaders chinois pour aider à l'établissement des relations diplomatiques sino–américaines, principalement en raison de son soutien à la Chine contre l'agression japonaise. Du 15 juillet 1936 au 18 décembre 1971, il avait interviewé Mao à plusieurs reprises et avait risqué sa vie pour visiter Yan'an, connue comme la Capitale rouge de la Chine. Il a décrit cette expérience (1937 à 1938) dans son livre intitulé Red Star Over China, qui, publié en Grande–Bretagne et aux Etats–Unis a révélé au monde la révolution chinoise et l'agression japonaise.
Opposé à l'alliance de son pays avec le Japon, l'Allemand Hans Shippe fut le premier journaliste étranger à poser les pieds dans la Zone anti–japonaise du Shandong. Il n'y a pas seulement effectué des reportages sur la manière dont les Chinois résistaient contre les Japonais mais s'est aussi battu contre l'ennemi. A l'automne 1941, l'armée japonaise avait prévu de se déplacer dans la zone montagneuse de Yimeng, dans la province du Shandong. Certains commandants de l'Armée de la 8e route, conseillèrent à Shippe de se retirer du front de bataille mais celui–ci avait décidé avec détermination de rester avec les troupes. La compagnie qu'il avait rejoint dans le bourg de Yazi, dans le district de Yinan, était entourée de brigades mixtes de Japonais. Shippe et sept sous–commandants, ainsi que des centaines de soldats se battirent jusqu'à la mort.
Sur le front de bataille de la Guerre de résistance contre le Japon se trouvaient plusieurs reporters étrangers comme les journalistes américaines Anna Louise Strong et Agnès Smedley ou encore James Bertram, originaire de Grande–Bretagne. Opposés à l'invasion japonaise et témoignant leur sympathie envers la résistance chinoise, ces journalistes ont risqué leur vie pour devenir les témoins du conflit. Leurs efforts ont aidé la Chine à gagner la sympathie du monde entier. Parmi eux, se trouvaient également Israel Epstein, qui a récemment célébré ses 90 ans à Beijing. Juif–américain, né en Pologne, il était résolument contre le militarisme japonais et s'est engagé de nombreuses fois sur les champs de bataille pour réaliser son travail de journaliste. Ces articles ont été considérés comme d'excellents reportages de guerre. Il a interviewé plusieurs leaders du Parti communiste de Chine dont le Président Mao. Plus encore, il a aidé Soong Ching Ling, l'épouse de Sun Yat–sen, à mobiliser les étrangers pour l'envoi de dons financiers et de matériels pour soutenir l'effort chinois.
Après la fondation de la République populaire de Chine, Mr Epstein est retourné en Chine sur invitation de Mme Soong et a accepté la nationalité chinoise. Le 17 avril 2005, avant la célébration de ses 90 ans, le Président chinois Hu Jintao l'a contacté : «Vous avez été le témoin des changements dramatiques qui ont eu lieu en Chine et qui cachent la réalité de notre pays aux yeux du monde entier». Pour le président, Epstein est «un soldat international d'exception».

L'écrivain néo–zélandais Rewi Alley s'est rendu en Chine en 1927. Il s'est opposé contre l'agression fasciste japonaise en Chine et est devenu l'un des leaders du Mouvement d'aide au peuple chinois. Il s'est aussi consacré à la création d'un réseau industriel de coopérative et d'écoles en Chine. Après la Fondation de la République populaire de Chine, il est devenu écrivain et poète. Mr. Alley ne s'est jamais marié mais il a adopté plusieurs enfants chinois. L'Américain George Hatem et l'Allemand Hans Mueller comptaient parmi ses plus fidèles amis. Les trois compagnons furent ensemble les témoins de la révolution chinoise. La photo représente Rewi Alley, son petit–fils adoptif et sa petite–fille au temple du parc Ritan de Beijing. (Ye Hua)
Le président Mao Zedong et Dr. George Hatem à Yan'an (photographie prise en 1939). George Hatem et Edgar Snow ont mené une interview de 4 mois à Yan'an au cours du premier semestre de l'année 1936. Snow a quitté Yan'an après la mission, tandis que Hatem avait décidé de rester. «Je veux rester dans le nord du Shaanxi pour apporter ma contribution à la cause chinoise» avait–il alors déclaré. Cette volonté fut approuvée par Mao Zedong, qui nomma Hatem consultant du Ministère de la Santé. Après la fin de la guerre, il fut nommé consultant au département de Santé de l'Armée de la 8e route. (Agence de presse Xinhua)
Originaire de Grande–Bretagne, le professeur Michael Lindsay enseignait dans le département d'économie de l'Université de Yanjing à Beiping (Beijing) avant qu'il ne parte vers la frontière en 1941. La photo représente le professeur Lindsay donnant une conférence à des étudiants dans la classe intensive avancée d'entraînement des technologies radiophoniques de la base militaire de Jin–Cha–Ji. (Agence de presse Xinhua)

Note de l'éditeur : Mr Epstein est décédé à Beijing avant la publication de cet article. Nous tenons donc à exprimer nos sincères condoléances à ses proches et tout le respect que nous avons pour sa vie et son œuvre.
Un docteur canadien au chevet de la Chine
Le 7 juillet 1937, les troupes japonaises attaquaient le pont Lugou situé à l'extérieur de Beijing. Cet événement généralement connu sous le nom d'Incident du 7 juillet ou de l'Incident du pont Lugou a marqué le début de l'agression japonaise en Chine.
Le jour suivant, le Comité central du PCC publiait un télégramme ouvert dans lequel il appelait l'armée et les civils chinois à s'unir ensemble et à lutter contre les envahisseurs. C'est ainsi que tous les Chinois se dressèrent contre l'invasion japonaise.
De grandes célébrités comme Albert Einstein, Bertrand Russell et Romain Rolland ont publié une déclaration commune dénonçant l'invasion de la Chine par les Japonais. L'Union Soviétique et les Etats–Unis envoyèrent des escadrons aériens comprenant de nombreux volontaires pour se battre aux côtés des forces chinoises. Des volontaires d'une douzaine de pays comme le Canada, l'Inde et la Corée rejoignirent eux aussi la Chine dans sa lutte. Des citoyens des pays du sud de l'Asie comme le Myanmar, la Malaisie, l'Indonésie et la Tha?lande fournirent également argent et matériels pour soutenir la Chine.
Au moment le plus fort de l'agression, Henry Norman Béthune, médecin expérimenté canadien, conduisit une équipe médicale de docteurs canadiens et américains dans la zone dévastée par la guerre. En 1936, lorsque les fascistes allemands avaient envahit l'Espagne, le Dr. Béthune avait déjà risqué sa vie sur le front de bataille pour aider les Espagnols. Il s'est rendu en Chine en 1938, année pendant laquelle il a travaillé le long de la frontière Jin–Cha–Ji.
Dr. Béthune était dévoué à la cause chinoise et a sauvé des milliers de civils et de soldats chinois. Il a organisé des équipes de médecins d'urgence à la frontière. Le président Mao louait son esprit internationaliste. Il a été lui–même infecté lors d'une opération d'urgence et est décédé plus tard le 12 novembre 1939, dans le district de Tangxian dans la province du Hebei. Le président a écrit un essai intitulé A la mémoire du docteur Béthune pour l'honorer de sa plume. Toute personne l'ayant vu travailler ou ayant été soigné par lui ne pouvait être qu'émue devant cet esprit de consécration aux autres. Des collèges et des hôpitaux chinois portent aujourd'hui le nom du Dr. Béthune en commémoration de l'aide apportée par le Canada à la Chine.
Originaire d'Inde, Dwarkanath Kotnis fut un autre médecin célèbre à avoir apporté sa contribution à la Chine où il est venu en septembre 1938, avec une équipe médicale. Il a servi consécutivement comme chirurgien à l'hôpital de l'Armée de la 8e route, conférencier à l'Ecole d'hygiène du Dr. Béthune de la zone militaire de Jin–Cha–Ji et comme premier président de l'hôpital international de la Paix du Dr. Béthune. Il est décédé à son poste à l'âge de 32 ans et a été enterré à Shijiazhuang dans la province du Hebei.

Israel Epstein (au centre) a effectué un reportage sur les bombardements aériens de Guangzhou par les avions japonais en 1938.
Le 20 avril 2005, 180 invités chinois et étranger étaient présents au Grand Palais du Peuple de Beijing pour célébrer le 90e anniversaire d'Israel Epstein. (Wang Jianhua)

Message de l'éditeur
Les Chinois n'oublieront jamais l'aide des étrangers qui ont travaillé pour la Ligue de défense de la Chine, organisation internationale sous la direction de Soong Ching Ling et qui ont œuvré à la résistance de la Chine contre le Japon. Parmi eux, se trouvaient James Bertram, Hilda Selwyn Clarke et Norman France. On ne peut également oublier ceux qui ont travaillé pour fonder la coopérative industrielle chinoise à Yan'an, comme Rewi Alley, originaire de Nouvelle–Zélande.
Cet article ne peut mentionner tous les étrangers qui ont apporté un soutien précieux à la Chine dans son action de résistance contre le Japon. La commémoration de ces amis étrangers ne montre pas seulement notre respect pour la place qu'ils ont jouée dans l'histoire mais représentent également notre espoir d'un futur meilleur. Bien que 60 années se soient écoulées depuis la fin de la guerre, le peuple chinois ressent encore une véritable gratitude pour ces étrangers qui sont venus en Chine en des temps difficiles.