2005.07

Portrait

Un Bouddha vivant porte sur les épaules une mission historique

Texte de Wang Yongqiang



Il y a dix ans, le 11e Panchen Lama, Bainqen Erdini Qoigyijabu, âgé de 5 ans, était officiellement reconnu après une cérémonie connue sous le nom de «méditation assise sur le lit». Dix ans plus tard, il a autorisé la Télévision centrale de Chine ainsi qu'un photographe de l'Agence de presse Xinhua à jeter un regard sur sa vie et ses études lors d'un interview exclusif. Lors de ce dernier, le Panchen Lama a déclaré : «En tant que Bouddha vivant, je sens que je suis le porteur d'une grande mission historique».

Le monastère Tashilumpo, appelé «temple du bonheur et de la longévité» est l'un des six temples principaux de la secte jaune du bouddhisme tibétain. La cour du monastère représente l'endroit où les Panchen Lamas donnent leurs sermons.

CCTV : Quand êtes–vous rentré en contact avec le Bouddhisme ?
Panchen : Aussi loin que je me souvienne, j'ai été influencé par le bouddhisme dès ma naissance et probablement même alors que j'étais encore dans le ventre de ma mère. Plus tard, j'ai entendu mes parents chanter L'hymne au grand maître Padmasambhava ainsi que les écritures bouddhistes traduites par d'éminents moines tibétains. Je n'entendais pas seulement mais mémorisais à la fois les contenus des écritures de certains de ces moines tibétains érudits comme celles du grand maître Tsongkhapa.
CCTV : Cela vous tient donc à cœur de chanter les écritures bouddhistes.
Panchen : Oui, en tant que fervents religieux, nous sommes heureux de pouvoir entendre les sutras bouddhistes car la récitation des mani génère chez les gens une sorte d'affection. Une telle bienveillance est la fondation de la bodhi (éveil).
CCTV : Vous rappelez–vous ce jour où l'équipe à la recherche de la réincarnation du 10e Panchen Lama est venue chez vous ?
Panchen : Je m'en souviens parfaitement. Ce jour là, l'éminent moine Benba s'est déplacé du monastère Tashilumpo pour venir chez moi.
CCTV : Lorsque vous avez appris que vous étiez la réincarnation du Bouddha vivant, après le tirage au sort fait à partir d'un vase en or, et que vous étiez la réincarnation du grand maître Panchen Lama, qu'avez vous pensé de tout cela ?
Panchen : J'ai pensé que je portais dorénavant le poids d'une grande mission historique sur les épaules. Ce fut ma première pensée.

Le 16 août 2004, le 11e Panchen Lama a rendu hommage à la statue de Sakyamuni dans le monastère Tashilumpo de Xigaze, de retour d'un service bouddhiste à Lhassa, où il a reçu un accueil chaleureux.

«Je suis un Bouddha vivant alors je dois apprendre advantage sur le bouddhisme.»
CCTV : Maintenant vous avez radicalement changé de style de vie en vivant dans une lamaserie. Comment vous êtes–vous adapté en si peu de temps ?
Panchen : Avec le changement de statut, de vêtements, de nourriture et de boissons, ce sont de nombreux autres aspects de ma vie qui ont changé. Tout le monde a besoin d'une période d'adaptation. Tandis que l'on avance dans l'âge, on devient plus sensible et plus habitué à un nouveau style de vie.
CCTV : Nous vous avons observé étudier et psalmodier les écritures… La manière dont vous vous grattez le crâne lorsque vous réfléchissez et riez en même temps. Cela signifie–t–il quelque chose ?
Panchen : Oui, débattre sur des sujets tels que les écritures bouddhistes est une chose très importante. Après avoir participé à une conférence donnée par un maître de sutras, il est important de réfléchir à ce qui a été entendu. Durant le débat, il est possible d'échanger son opinion avec les autres. Plus on s'investit dans des débats, plus on peut apprendre de choses. Plus on a de connaissances des sutras et plus on est fasciné par eux.
CCTV : Votre statut bouddhiste est aujourd'hui supérieur à celui de vos quatre maîtres de sutras. Leur rendez–vous visite régulièrement ? Les considérez–vous comme vos aînés et vous sentez–vous dépendant d'eux ?
Panchen : Oui. Le titre de Bouddha vivant n'est pas plus qu'un simple titre. La vraie compréhension du bouddhisme ne repose pas sur le simple fait d'être un Bouddha vivant ou non et je dois étudier les ouvrages bouddhistes comme les autres. Mes maîtres m'enseignent la voie du bouddhisme et je leur dois toute ma gratitude. Aussi j'éprouve un grand respect pour mes aînés.

Le matin du 23 avril 2004, avant ses visites, le 11e Panchen Lama étudie les écritures bouddhistes, moment le plus important de la vie quotidienne.
Le 24 septembre 2004 : le 11e Panchen Lama participe à un débat religieux avec des lamas dans le monastère Tashilumpo.

«Je prie pour les créatures vivant dans la misère»
CCTV : Vous avez présidé pour la première fois une assemblée de bouddhistes au Tibet en 1999. On raconte que plus de 10 000 personnes étaient alignées dans une queue de 2 km de long pour vous implorer de bien vouloir les toucher sur la tête et leur accorder votre bénédiction. Quels étaient vos sentiments à ce moment ?
Panchen : Certains croyants très pieux viennent pour une cérémonie d'initiation (dont le pouvoir revient à un professeur religieux et qui permet de poursuivre les études) comme expression de leur vraie foi. Pour satisfaire leur demande, je leur fais des cérémonies d'initiation, leur enseigne le dharma, et prie pour eux afin qu'ils soient protégés de la maladie et des catastrophes.
CCTV : L'humanité a dû faire face à de terribles désastres comme l'épidémie de SRAS en 2003 ou le Tsunami dans l'Océan indien en décembre 2004. Qu'avez–vous fait lorsque vous avez appris que ces catastrophes avaient eu lieu ?
Panchen : Je prie toujours pour les créatures vivant dans la misère. Lorsque cela a eu lieu j'ai prié pour les victimes et ai donné de l'argent pour leur venir en aide.
CCTV : A l'exception de vos services bouddhistes au Tibet, vous rendez–vous souvent dans des familles tibétaines ordinaires ?
Panchen : Oui. Quand je le fais, je leur demande de prier, d'aider les autres et d'avoir une vie heureuse.
CCTV : A vos yeux, votre père est–il simplement celui qui vous a engendré ou l'un de vos fidèles ?
Panchen : Bien sûr, je le considère comme mon père car c'est lui qui m'a donné la vie. Je ne peux oublier la bienveillance de mes parents sinon cela serait agir non conformément à la nature humaine.

«La télévision est le moyen principal que je possède pour m'informer des événements nationaux et internationaux majeurs».
CCTV : Regarder la télévision tous les soirs est–il important pour vous ? Apprenez–vous beaucoup sur le monde extérieur par la télévision ?
Panchen : Je peux avoir les informations nationales et internationales principales. C'est le principal moyen d'information que je possède pour savoir ce qui se passe dans le monde. A l'exception du journal télévisé, j'aime aussi regarder les séries télévisées historiques.
CCTV : Suivez–vous les affaires diplomatiques avec intérêt?
Panchen : Oui.
CCTV : Quelle série télévisée avez–vous récemment regardé ?
Panchen : Le jeune empereur Kangxi.
CCTV : Trouvez–vous des ressemblances ou des différences entre vous et le jeune empereur ?
Panchen : Il y a des différences sur de nombreux aspects. La Chine dans laquelle je vis est bien différente de l'époque féodale dans laquelle vivait l'empereur Kangxi. C'était un empereur tandis que je suis un moine bouddhiste reconnu comme le Bouddha vivant. Je ne règne pas. Je prie simplement pour le bonheur et l'égalité entre les êtres vivant.

Le 23 septembre 2004 à 8h30 : après le petit déjeuner, le 11e Panchen Lama (premier à droite), accompagné de son professeur de sutras (premier à gauche, devant), son père (second à droite) et ses attendants, se promène dans la cour de son palace récemment construit à Xigaze.
Le 23 septembre 2004 à 14h30 : le 11e Panchen Lama travaille sur son ordinateur à la maison. Après le déjeuner, il a du temps libre jusqu'à 16 heures. Il profite généralement de ce moment pour améliorer ses compétences informatiques, lire des écritures bouddhistes tibétaines, des livres de sciences, des revues ou des journaux.
Le 19 octobre 2002 : le 11e Panchen Lama goûte un peu de noix de coco sur le site du Bout du monde et du Coin de l'océan à Sanya, dans la province du Hainan. Le 11e Panchen Lama, accompagné du Lama Tsering, directeur du Comité administratif démocratique de Tashilumpo et son maître de sutras, ont visité les provinces de Hainan et du Guangdong du 13 au 31 octobre 2002.

«Je dois poursuivre la glorieuse tradition des précédents Panchen Lamas qui aimaient le pays et le bouddhisme»
CCTV : Nous avons noté que vous étudiez toute la journée et il semble que vous êtes très occupé…
Panchen : Cela est vrai. Je dois mener à bien ma mission historique et je dois pour cela beaucoup étudier.
CCTV : Quand ces études s'achèveront–elles…?
Panchen : Il n'y a pas de fin.
CCTV : Pensez–vous que vous êtes un enfant ou un adulte ?
Panchen : Je ne suis ni l'un, ni l'autre. Je suis un jeune homme.
CCTV : En tant que Panchen Lama, comment vous différenciez–vous des 10e, 9e et de tous les autres précédents Panchen Lamas ?
Panchen : Il n'y a en réalité pas de grandes différences. Le point le plus fondamental est que je dois poursuivre la glorieuse tradition des précédents Panchen Lamas qui aimaient le pays et le bouddhisme. La plus grande différence est l'époque dans laquelle je travaille. Je vais travailler dur pour la nation et son peuple. Je veux lutter pour la réunification de la patrie, la solidarité des différentes nationalités et le bonheur des gens. Là est la mission que je dois remplir.
(Sur la base d'un reportage de CCTV)

Information :
Dans le bouddhisme tibétain, Panchen signifie «grand érudit». Le Panchen est considéré comme la réincarnation du bouddha Amitabha et un symbole spirituel suprême.
La réincarnation du bouddha vivant :
Le système de réincarnation du bouddha vivant est une pratique unique au bouddhisme tibétain. Il y a 16 ans, le 28 janvier 1989, le 10e Panchen Lama est décédé au Tibet. La quête pour la réincarnation du 10e Panchen Lama a immédiatement commencé en accord avec les traditions religieuses tibétaines et avec le soutien du gouvernement central. Le 29 novembre 1995, le jeune Gyaencaen Norbu (le 11e Panchen Lama), âgé de 5 ans, a été sélectionné comme la réincarnation du 10e Panchen Lama après avoir fait un tirage au sort à partir d'un vase d'or devant la statue de Sakyamuni dans le monastère Jokhang à Lhassa, Le 8 décembre 1995, le son des trompettes résonnait dans le monastère Tashilumpo de Xigaze. Reconnu par le gouvernement central, le 11e Panchen Lama a officiellement succédé au trône du bouddhisme tibétain grâce à une cérémonie intitulée «méditation assise sur le lit». «A l'âge de cinq ou six ans», raconte son père, «Gyaencaen Norbu parlait et se comportait différemment des autres enfants. Déjà même à deux ans, il montrait un intérêt particulier pour tout ce qui concernait la religion».