2005.07

Les étrangers en Chine

Une bienveillance sans prix

Texte de Wang Yongqiang
Photographies de Xu Zhiqiang



Petite femme de 60 ans, aux yeux bleus scintillants et à la parole saccadée, Madame Bullynck radie de vitalité et d'énergie. C'est en mars 2003 qu'elle a quitté avec son mari la Belgique pour venir s'installer dans l'élégante cité de Suzhou, dans la province du Jiangsu.

Classe d'anglais aux jeunes Chinois de la communauté.

Une bienveillance héréditaire
Madame Bullynck est une personne pleine d'amour et d'attention, qualités qu'elle attribue à sa mère qui était toujours prête à aider les autres. Depuis 1989, Madame Bullynck, ancienne institutrice et bibliothécaire, a vécu dans de nombreux endroits du globe en raison des mutations professionnelles de son mari. Où qu'elle s'installe£¬elle a toujours mis un point d'honneur à faire du volontariat en participant à des activités de bienfaisance sociale, comme l'organisation de ventes de charité destinées à réunir des fonds pour les orphelins ou la lecture de romans à des non–voyants, et est ainsi devenue l'ambassadrice de la bienveillance. Suivant les pas de leur mère, les trois fils ont décidé de devenir professeurs, poursuivant cette leçon d'amour et de charité. En mars 2003, lorsque son mari a été muté au sein de la filiale Philips de Suzhou, Madame Bullynck a déménagé elle aussi. Ayant appris grâce à un journal local que certains enfants du nord de la Chine devaient cesser leurs études par manque de moyens, elle demanda à ses amis d'apporter leur aide. Lorsque Bullynck apprit qu'après avoir fait des études à l'étranger, le fils d'un pêcheur de retour dans la province du Zhejiang, avait décidé d'établir une école pour les enfants de pêcheurs, elle et plusieurs de ses amis étrangers se pressèrent pour donner un coup de main.

Cours de gravure.

Une amitié hors frontière
La famille Bullynck s'est installée dans le jardin Jinhua, une résidence située dans la zone industrielle de haute–technologie de Suzhou et à l'origine conçue pour les hommes d'affaires étrangers. C'est ainsi qu'ils sont devenus des résidents de la communauté Shishan. Femme très active, Madame Bullynck est rapidement devenue l'amie des personnes âgées de la communauté et rend régulièrement visite au comité de quartier, offrant son aide aux causes locales avec pour seule exigence celle de ne pas être traitée comme une étrangère.
Le comité de quartier de Shishan a accepté cette volontaire étrangère qui prend une part active dans la communauté en cuisinant des plats traditionnels chinois et en s'adonnant à l'art du papier découpé avec ses voisins. Lorsque la communauté a établi un club de peinture et de calligraphie, Madame Bullynck, qui est passionnée de peinture à l'huile, s'est immédiatement investie dans le projet. La communauté possède également un club d'opéra de Beijing qui donne aux acteurs amateurs la possibilité de passer sur le devant de la scène. Bien que Madame Bullynck ne maîtrise pas encore complètement le chinois, elle est sensible aux rimes et au rythme unique de cet opéra. Elle a ainsi invité le club à jouer devant une vingtaine de ses amis étrangers. Elle a également participé à des programmes de danse organisés par la communauté, apprenant aux résidants des danses folkloriques belges.
L'été dernier, lorsque le chef de la communauté l'a invitée à enseigner l'anglais, Madame Bullynck a accepté sans hésitation. Chaque mardi matin, elle a ainsi enseigné à des enfants, encourageant ses jeunes élèves à être curieux, à poser des questions et à l'appeler par son prénom au lieu de «professeur». Pour aider les enfants à mieux saisir les phrases de la vie quotidienne, elle a un jour apporté en classe une poêle et un bol pour leur apprendre à faire des crêpes sucrées. Les élèves n'ont pas seulement appris comment faire ce délicieux dessert mais aussi à utiliser le vocabulaire en contexte. Madame Bullynck est devenue populaire parmi les enfants chinois et est aujourd'hui une étrangère très bien intégrée à la vie de la communauté. L'année dernière, la Fédération des femmes de la zone industrielle de haute–technologie de Suzhou l'a récompensée du titre d'honneur d'«Ambassadrice de l'Amour».

Jeu avec les enfants.
Habillant un acteur.
Essai d'une couronne de théâtre.

Une vie agréable en Chine
«La vie en Chine est facile pour moi» explique Madame Bullynck qui vit dans le pays depuis deux ans déjà. En comparaison à certains autres pays où elle a vécu, elle trouve qu'il existe une relative bonne compréhension entre les étrangers et les résidents. Pour elle, la communication n'est pas difficile et elle a découvert avec plaisir que les Chinois étaient relativement ouverts, tolérants, et que les idées pouvaient converger assez rapidement.
Le premier challenge sérieux a été de comprendre les multiples traditions chinoises et la culture complexe de ce pays. Selon elle, les étrangers doivent prendre l'initiative d'apprendre et de respecter les coutumes des habitants. Madame Bullynck apprécie beaucoup l'art chinois comme l'opéra de Beijing, les ballades de Suzhou, la calligraphie et la broderie. Elle est particulièrement admirative devant le respect que les jeunes Chinois témoignent aux plus âgés. Pour elle, les étrangers ont beaucoup à apprendre des chinois.
Madame Bullynck encourage également son mari dans son travail, participe à des classes de peinture deux fois par semaine et à d'autres événements organisés par des femmes étrangères. Elle a invité un tuteur pour lui enseigner le chinois selon la méthode traditionnelle chinoise. Durant le week–end, elle et son mari se promènent autour de la ville ou vont pêcher dans les villages voisins. Elle espère bientôt pouvoir aller en Mongolie intérieure dont la beauté des prairies la fascine.