2005.07

Société

Le festival des «Fleurs de montagne» - La Saint–Valentin de l'ethnie Miao

Texte et photographies de Li Jin



II y a encore quelques années, dans le sud–est de la province du Yunnan, les jeunes gens qui cherchaient à rencontrer l'âme sœur devait prendre part à un événement folklorique connu sous le nom de «Fleurs des montagnes». Aujourd'hui, l'ancienne fête fait encore partie de la coutume locale, mais ce n'est plus la seule occasion qui se présente aux Miao pour tomber amoureux. Avec le développement de la société chinoise, le festival traditionnel de «Fleurs des montagnes» est devenu une sorte de célébration du jour de l'An à laquelle tous les Miao prennent part.

Jeunes femmes Miao marchant le long d'un chemin serpentant à travers les champs en terrasse pour se rendre au Festival des fleurs de montagne.
Mise en place d'un mât.

Gu Haiyan, âgée de 19 ans, cherche dans sa garde–robe pour en sortir sa jupe plissée qui est rangée là depuis l'année dernière. Elle va en effet porter la tenue traditionnelle pour célébrer le second jour de l'Année chinoise, le jour de la fête annuelle de «Fleurs des montagnes». C'est seulement à cette occasion que Gu change son blue–jean et son T–shirt pour la robe traditionnelle. Elle pourra ainsi composer «le parterre de fleurs» aux côtés de ses amies et attendre avec impatience l'arrivée des jeunes hommes venus des villages voisins.
La fête commence par une cérémonie destinée à prier pour les descendants. Les ancêtres des Miao considéraient que la grossesse d'une femme ne résultait pas de l'union physique entre un homme et une femme, mais était un cadeau des dieux. Ils choisissaient alors un tronc droit de sapin, le taillait en forme de pointe et l'érigeait dans le sol pour représenter le symbole mâle. Des rubans colorés accrochés en haut du mât symbolisent l'union de l'homme et la femme. Avec le temps, le sens original de cette cérémonie s'est peu à peu terni et l'événement est devenu une simple fête de communauté. Les jeunes gens de l'ethnie Miao se ruent vers le parterre de fleurs. Ils dansent le lusheng et chantent leur amour sous forme questions–réponses.
Gu Haiyan et ses amies vont prendre part au «parterre de fleurs» de la ville de Yangjiezi, à 12 km de là. D'après la jeune fille, la cérémonie y est plus traditionnelle et sera marquée par la présence de jeunes hommes venus des villes environnantes et avec qui elles pourront engager la conversation. Situé à la frontière entre les districts de Mengzi et Wenshan, et bien loin des chefs–lieux des deux districts, ce «parterre de fleurs» est moins influencé par la société moderne et le commerce.

Gu Haiyang et ses amies.
Héros et héro?nes du Festival des fleurs de montagne.

Chaque année, pour le festival, les gens de Yangjiezi préparent un endroit dans la colline qui se trouve non loin. Des étals sont dressés au centre tandis que la forêt de pins entourant l'espace à découvert fournit l'endroit idéal où les jeunes hommes et les jeunes femmes se promèneront en discutant pour mieux se connaître.
Ils arrivent en général avant la fête pour se rencontrer et parler en groupe. Lorsque deux jeunes gens se trouvent des affinités, ils s'éloignent vers les bois pour parler plus tranquillement. Dans le district de Mengzi, Yangjiezi est le seul village qui maintienne encore la tradition. L'endroit est donc très populaire lors du premier mois du calendrier lunaire chinois, lorsque les fleurs couvrent la colline.
Selon la tradition, les jeunes femmes Miao ont toujours choisi leur époux sans intermédiaire. «Il n'y a pas d'entremetteuse» explique Fang Hengxian de la dynastie Qing dans son livre intitulé Annales des coutumes Miao où il met en avant une peinture colorée de l'amour et du mariage au sein du groupe ethnique. Beaucoup de choses ont changé et les jeunes filles comme Gu ont appris beaucoup de l'éducation moderne. Elles ont cependant tendance à respecter la tradition du mariage et continuent à revêtir leur jupe plissée pour aller chercher l'homme de leur vie sur le «parterre de fleurs», au milieu des pins.
Avec l'ouverture de l'autoroute et le développement du commerce dans les zones montagneuses, il n'est plus nécessaire aux Miao vivant à Mengzi d'attendre le festival pour rencontrer des gens. Cela a eu beaucoup d'impact dans l'évolution du festival. Aujourd'hui, l'ethnie Miao a des contacts réguliers avec le monde extérieur. Les anciennes traditions Miao d'amour et de mariage ont également changé : le statut social des familles des deux mariés est davantage pris en considération de nos jours.
Lors du festival des «Fleurs de montagne» de Yangjiezi, on peut voir de quelle manière les Miao perçoivent la vie moderne. Bien que la fertilité et l'amour ne soient plus les thèmes principaux de l'événement, les gens sont toujours contents de venir respirer l'atmosphère festive ou de participer aux combats de taureaux. Il y a encore quelques années, les jeunes femmes chantaient des chansons aux jeunes hommes qui se tenaient de l'autre côté de la montagne. Mais aujourd'hui, il s'agit seulement d'un jour de commémoration.
Durant le premier mois du calendrier lunaire, lorsqu'il fait encore froid dans le nord et que les fleurs de pêcher sont déjà en fleurs dans la montagne Ailao, les Miao célèbrent leur jour des amoureux. Le taux de divorce très faible au sein de la communauté Miao peut–il être attribué à cette Saint–Valentin chinoise ?

Femmes choisissant des objets artisanaux Miao.

Le groupe ethnique Miao
Les Miao dont l'origine remonterait selon la légende à la tribu Chiyou Jiuli, représentent l'un des plus vieux groupes ethniques de Chine. La tribu en défaite a quitté la vallée du fleuve Jaune pour se rendre dans celle du Changjiang (Yangtsé) où elle a établi le royaume Sanmiao. Les Miao qui avaient été soumis à de longues années de guerre et de conflits cherchèrent un endroit tranquille où vivre et entamèrent trois grandes vagues de migration, atteignant finalement les montagnes du sud–ouest de la Chine, adjacentes au Laos et au Myanmar.
Lorsque les Miao arrivèrent au Yunnan, ils y trouvèrent d'autres ethnies qui y étaient déjà installées. Ils pénétrèrent alors dans les montagnes afin d'éviter de nouveaux conflits. C'est dans la montagne Dawei, à l'arrière de la montagne Ailao, qu'ils trouvèrent l'endroit idéal où s'installer. Ils construisirent des maisons et commencèrent à cultiver les terres alentours dont la qualité était idéale pour la culture sur brûlis. Certaines zones forestières furent brûlées, puis les cendres et les herbes carbonisées utilisés pour fertiliser le sol et cultiver des céréales. Ils se déplaçaient après chaque récolte, tandis qu'une nouvelle forêt poussait sur les anciennes terres. Quelques décennies plus tard, la terre était à nouveau prête pour recommencer ce type de culture.
Les Miao se sont progressivement sédentarisés dans les montagnes pour commencer la production agricole. Les Hani, les Lisu, les Miao, les Yi et autres groupes ethniques peuplant la province du Yunnan vivent tous sur des terres en terrasse. Ces dernières années, les gouvernements locaux ont mis en place une réglementation pour entourer les collines afin de favoriser la reforestation naturelle et abandonner la culture au profit de la forêt. Maintenant, les Miao cultivent la cardamome, la banane bajiao et les passiflores, tirant avantage de l'environnement. De ce fait, les revenus des Miao ont pu augmenter.

Paniers de bambous traditionnels utilisés lors de la fête.

Le festival des «Fleurs de montagne»
La fête commence généralement le second jour du premier mois lunaire du calendrier et se poursuit pendant une semaine. Le matin du premier jour, les Miao se rassemblent sur le parterre de fleurs, vêtus de leurs plus beaux atours. L'hôte de la fête porte d'abord un toast, souhaitant à chacun bonheur et bonne santé, puis annonce le début des festivités annuelles. L'escalade du mât est l'une des premières activités du festival. Pour l'éventuel vainqueur, une gourde pleine de bon vin est accroché contre le mât. Ceux qui réussissent l'exploit peuvent alors boire le vin de la récompense.
Les danses sont très appréciées des jeunes gens qui y trouvent également un moyen de se rencontrer. Assis près du mât, ils attendant le son de la mélodie lusheng pour aller danser. La danse Dengjiao, à laquelle les jeunes hommes prennent volontairement part, est typique aux villages Miao. Les deux danseurs se donnent des coups de talon aux fesses. Celui qui fait tomber son adversaire est le vainqueur.
Lors du festival, les commerçants installent des étals d'en–cas dont le plus populaire est la pâte de haricot rôtie. Les combats de taureaux représentent l'événement principal des trois derniers jours des festivités. Les Miao se rendent au festival avec leur animal pour l'inscrire à la compétition. Tous les taureaux ne sont pas qualifiés pour participer à celle–ci et seuls les mieux classés sont retenus. Le jour de la compétition, les bêtes sont décorées par leur maître. Les retentissements de gongs, les roulements de tambours et la musique des lusheng saluent l'approche des taureaux qui arrivent accompagnés de leur maître et de sa famille. Selon la tradition, un taureau qui se bat jusqu'à la mort est considéré comme un héros et ne pourra être mangé. Son propriétaire organisera en revanche une grande cérémonie funéraire en l'honneur de l'animal et érigera sur sa tombe une tablette retraçant ses exploits.

District de Mengzi
Le 26 juin 1887, la cour de la dynastie Qing et la France ont signé un accord par lequel, Mengzi, petite ville frontière, devenait un lieu de commerce. A l'est de Mengzi, se trouvent les villages de Zhicun, Mingjiu, Laozha et Yangjiezi