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En
voyant ces photos, les souvenirs enfuis au plus profond de ma mémoire
revinrent se bousculer dans ma tête et je fus pris d’une envie
irrésistible de retourner dans mon pays natal.
Je revis des maisons aux murs badigeonnés,
aux fenêtres ajourées et couvertes de tuiles grises, des rues
pavée de dalles, des cours d’eau, des barques manœuvrées
à la godille, des ponts de pierre en arc, de grandes étendues
de colzas aux fleurs jaunes et des jardins aux bambous qui m’étaient
si familiers durant mon enfance.
Sans émotion, je flónais lentement dans
les rues avant d’entrer dans une maison de thé. A travers la
fenêtre donnant sur une rivière, j’aper’us une barque qui
s’éloignait.
Pendant mon enfance, je vécus dans le
bourg Jiading au sud du Changjiang (Yangtsé). Maintenant, ce bourg
est déjà devenu une petite ville où coexistent les
vieilles maisons et les nouveaux bótiments, les ateliers d’artisanat
et les grands magasins. Pourtant, la rivière murmure toujours
autour de la zone urbaine, les pivoines de pierre sur les piles
du pont ancien sont toujours en fleur, les ginkgos et les colzas
poussent à merveille dans les champs aux environs de la ville.
L’urbanisation ne peut que changer l’aspect de la ville, mais
ne peut pas effacer son charme. Elle reste marquée par les particularités
des régions du sud du Changjiang.
Comme la pluie fine du printemps, le charme
du sud du Changjiang imbibe chaque chose.
Je me suis aussi rendu dans d’autres bourgs
du sud du Changjiang. Un cours d’eau relie toutes les ruelles,
les ponts de pierre en arc qui l’enjambent sont peu distants les
uns des autres et dans les fissures des piles poussent des touffes
d’herbes ou de petits arbres verts. Les maisons sont construites
au bord de l’eau, la porte de devant est ouverte sur la rue, tandis
que celle de derrière donne sur une rivière. Les boutiques d’articles
de bambou, les ateliers de fer galvanisé, les salons de coiffure
et les épiceries sont contigus les uns aux autres.
« Tout le monde descend au bord de l’eau
par l’escalier et lave son linge dans la rivière. » Les ruelles
sont étroites et sinueuses et la tranquillité y règne. Les
objets d’usage courant, les instruments agricoles, les vélos
et les motos sont rangés dans la petite cour où des arbres
à suif et des bambous bruissent dans le vent.
Les cours sont voisines. Les portes de bois
noires sont doublées de portes de fer vernissé. Parfois, je
croise dans la ruelle quelques poules qui gloussent en quête de
nourriture. Sous le soleil, les lierres et les mousses exhalent
une odeur agréable. Quand je me promène en bateau sur un cours
d’eau, j’aperçois des gens déguster du thé dans une
maison de thé sur la rive, des femmes laver du linge au bord de
l’eau et des bateaux croisant le nôtre. Le ciel est serein et
particulièrement bleu.
Pendant mon enfance, j’allais souvent
chez des parents œ la campagne. Il y avait deux cours dans leur
résidence. Devant la maison, coulait un cours d’eau près du
potager. A côté de cette maison était posé un mortier en
pierre servant à décortiquer du riz. Dans la grande cour au
centre, il y avait un puits, des poules et des canards picoraient
le sol. Quand il pleuvait, j’étais assis dans un fauteuil en
bambou et je croquais des graines de pastèque tout en écoutant
l’eau tombant de l’avant-toit de la maison. J’entendais des
bruissements venus du bosquet de bambous derrière la maison, étaient-ce
des pousses de bambou qui sortaient de terre ?
Je me souviens aussi qu’enfant, je creusais
le sol à la recherche de racines d’iris sur les levées
de terre ou au bord des canaux. Maintenant, des bótiments ont
surgi dans ces champs. J’ai cherché avec minutie et j’ai fini
par trouver quelques iris au milieu de touffes d’herbes au pied
des murs. Malgré le temps qui s’écoule, les cours d’eau,
les vieilles maisons, les jardins et les ponts de pierre en arc
du sud du Changjiang sont toujours là.
L’apparition du village Zhouzhuang remonte
à la dynastie des Song du Nord (960 – 1127) ; le bourg
Wuzhen a vu étudier Xiao Tong, prince héritier de l’Etat de
Liang sous les dynasties du Sud et du Nord (420 – 589) ; le bourg
Tongli a une histoire de mille ans et la bibliothèque privée
Jiayetang dans le bourg Nanxun date de la dynastie des Qing (1644
– 1911). Les autres bourgs tels que Jiading, Zhujiajiao, Shexian
et Yixian ont aussi une longue histoire. On peut ainsi dire que
l’évolution des petits bourgs anciens du sud du Changjiang fait
partie de l’histoire de la civilisation chinoise.
Zhujiajiao fut un grand marché de riz
du Jiangsu et du Zhejiang et ses tissus se vendirent bien dans tout
le pays ; depuis la dynastie des Qing, Nanxun et Wuzhen sont des
pays de la soie très renommés ; Shexian et Yixian étaient
non seulement réputés pour leurs quatre trésors du lettré
(papier, pinceau, encre et encrier), mais étaient aussi les pays
natals des grands marchands de l’Anhui. Malgré leur aspect ancien
et banal, tous ces petits bourgs connurent dans leur histoire au
moins une fois un âge d’or.
Peut-être devons-nous reconnaître
que l’eau du sud du Changjiang est moins claire qu’autrefois,
que les maisons aux tuiles grises sont de plus en plus rares, les
fleurs de colza clairsemées et que l’urbanisation grignote cette
région soumise aux anciennes traditions et marquée de tant de
façonnages humains au fil du temps.
Mais, sa beauté intrinsèque et son aspect
essentiel restent gravés dans le cœur des gens.
Les photos prises par Er Dongqiang ont porté
mon souvenir dans le sud du Changjiang et m’ont fait sentir le
parfum de la terre de cette région. Alors, je suis vraiment revenu
dans mon pays natal dans le sud du Changjiang.
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