2001-10

A travers le pays


Souvenirs du sud du Changjiang

Texte : Gong Jing
Photos : Er Dongqiang

 


    En voyant ces photos, les souvenirs enfuis au plus profond de ma mémoire revinrent se bousculer dans ma tête et je fus pris d’une envie irrésistible de retourner dans mon pays natal.
    Je revis des maisons aux murs badigeonnés, aux fenêtres ajourées et couvertes de tuiles grises, des rues pavée de dalles, des cours d’eau, des barques manœuvrées à la godille, des ponts de pierre en arc, de grandes étendues de colzas aux fleurs jaunes et des jardins aux bambous qui m’étaient si familiers durant mon enfance.
    Sans émotion, je flónais lentement dans les rues avant d’entrer dans une maison de thé. A travers la fenêtre donnant sur une rivière, j’aper’us une barque qui s’éloignait.
    Pendant mon enfance, je vécus dans le bourg Jiading au sud du Changjiang (Yangtsé). Maintenant, ce bourg est déjà devenu une petite ville où coexistent les vieilles maisons et les nouveaux bótiments, les ateliers d’artisanat et les grands magasins. Pourtant, la rivière murmure toujours autour de la zone urbaine, les pivoines de pierre sur les piles du pont ancien sont toujours en fleur, les ginkgos et les colzas poussent à merveille dans les champs aux environs de la ville. L’urbanisation ne peut que changer l’aspect de la ville, mais ne peut pas effacer son charme. Elle reste marquée par les particularités des régions du sud du Changjiang.
    Comme la pluie fine du printemps, le charme du sud du Changjiang imbibe chaque chose.
    Je me suis aussi rendu dans d’autres bourgs du sud du Changjiang. Un cours d’eau relie toutes les ruelles, les ponts de pierre en arc qui l’enjambent sont peu distants les uns des autres et dans les fissures des piles poussent des touffes d’herbes ou de petits arbres verts. Les maisons sont construites au bord de l’eau, la porte de devant est ouverte sur la rue, tandis que celle de derrière donne sur une rivière. Les boutiques d’articles de bambou, les ateliers de fer galvanisé, les salons de coiffure et les épiceries sont contigus les uns aux autres.
    « Tout le monde descend au bord de l’eau par l’escalier et lave son linge dans la rivière. » Les ruelles sont étroites et sinueuses et la tranquillité y règne. Les objets d’usage courant, les instruments agricoles, les vélos et les motos sont rangés dans la petite cour où des arbres à suif et des bambous bruissent dans le vent.
    Les cours sont voisines. Les portes de bois noires sont doublées de portes de fer vernissé. Parfois, je croise dans la ruelle quelques poules qui gloussent en quête de nourriture. Sous le soleil, les lierres et les mousses exhalent une odeur agréable. Quand je me promène en bateau sur un cours d’eau, j’aperçois des gens déguster du thé dans une maison de thé sur la rive, des femmes laver du linge au bord de l’eau et des bateaux croisant le nôtre. Le ciel est serein et particulièrement bleu.
    Pendant mon enfance, j’allais souvent chez des parents œ la campagne. Il y avait deux cours dans leur résidence. Devant la maison, coulait un cours d’eau près du potager. A côté de cette maison était posé un mortier en pierre servant à décortiquer du riz. Dans la grande cour au centre, il y avait un puits, des poules et des canards picoraient le sol. Quand il pleuvait, j’étais assis dans un fauteuil en bambou et je croquais des graines de pastèque tout en écoutant l’eau tombant de l’avant-toit de la maison. J’entendais des bruissements venus du bosquet de bambous derrière la maison, étaient-ce des pousses de bambou qui sortaient de terre ?
    Je me souviens aussi qu’enfant, je creusais le sol à la recherche de racines d’iris sur les levées de terre ou au bord des canaux. Maintenant, des bótiments ont surgi dans ces champs. J’ai cherché avec minutie et j’ai fini par trouver quelques iris au milieu de touffes d’herbes au pied des murs. Malgré le temps qui s’écoule, les cours d’eau, les vieilles maisons, les jardins et les ponts de pierre en arc du sud du Changjiang sont toujours là.
    L’apparition du village Zhouzhuang remonte à la dynastie des Song du Nord (960 – 1127) ; le bourg Wuzhen a vu étudier Xiao Tong, prince héritier de l’Etat de Liang sous les dynasties du Sud et du Nord (420 – 589) ; le bourg Tongli a une histoire de mille ans et la bibliothèque privée Jiayetang dans le bourg Nanxun date de la dynastie des Qing (1644 – 1911). Les autres bourgs tels que Jiading, Zhujiajiao, Shexian et Yixian ont aussi une longue histoire. On peut ainsi dire que l’évolution des petits bourgs anciens du sud du Changjiang fait partie de l’histoire de la civilisation chinoise.
    Zhujiajiao fut un grand marché de riz du Jiangsu et du Zhejiang et ses tissus se vendirent bien dans tout le pays ; depuis la dynastie des Qing, Nanxun et Wuzhen sont des pays de la soie très renommés ; Shexian et Yixian étaient non seulement réputés pour leurs quatre trésors du lettré (papier, pinceau, encre et encrier), mais étaient aussi les pays natals des grands marchands de l’Anhui. Malgré leur aspect ancien et banal, tous ces petits bourgs connurent dans leur histoire au moins une fois un âge d’or.
    Peut-être devons-nous reconnaître que l’eau du sud du Changjiang est moins claire qu’autrefois, que les maisons aux tuiles grises sont de plus en plus rares, les fleurs de colza clairsemées et que l’urbanisation grignote cette région soumise aux anciennes traditions et marquée de tant de façonnages humains au fil du temps.
    Mais, sa beauté intrinsèque et son aspect essentiel restent gravés dans le cœur des gens.
    Les photos prises par Er Dongqiang ont porté mon souvenir dans le sud du Changjiang et m’ont fait sentir le parfum de la terre de cette région. Alors, je suis vraiment revenu dans mon pays natal dans le sud du Changjiang.