2001-11

Peuple chinois


Les moines du monastère Drepung



La pause du déjeuner.
Ali apportant le repas à son ma»tre.
Préparation du repas.


Statue du bouddha Qiangba au monast“re Drepung.

    On quitte Lhasa vers l’ouest en suivant la vallée de la rivière éponyme. A une vingtaine de kilomètres, on voit appara»tre sur le flanc gris clair de la montagne, les bâtiments blancs du monastère Drepung. De loin, ils ressemblent à un grain de riz posé à flanc de montagne, d’où peut-être son nom qui, en tibétain, signifie « abondance de riz ». On est face au plus important des six grands monastères de la secte bouddhiste tibétaine des Bonnets Jaunes de tout le plateau du Qinhai-Tibet.
    Dans sa centaine de salles, le monastère, vieux de six siècles, abrite quelque 650 moines. Un chiffre qui a déjà dépassé les 8 000 au cours de l’histoire.
    Ngawang Lingdem a 40 ans. Il est grand et carré d’épaules. C’est aussi un grand ma»tre des Ecritures. Il y a 18 ans, Ngawang a quitté Lhunzhub, sa ville natale, située à une centaine de kilomètres de Lhasa pour entrer dans le monastère. Mais, en plus de suivre la voie de ses prédécesseurs faite du chant des sêtras bouddhiques, de méditation et d’enseignement, Ngawang a continué à cultiver ses passions. « J’ai consacré ma vie au Bouddha, explique-t-il, mais j’aime aussi le football et l’horticulture. ».

Cuisine écologique. Les moines du monastère Drepung utilisent l’électricité, le gaz naturel ou encore l’énergie solaire pour préparer à manger.

Ngawang, dans sa cellule.

Le moine Gyayam. De plus en plus de moines du monastère Drepung étudient les langues étrangères afin d’acquérir une meilleure compréhension du monde.

    La cellule de Ngawang mesure une dizaine de mètres carrés. Elle est parfaitement nettoyée et rangée. A l’intérieur, de nombreux livres de sêtras bouddhiques et deux pots de fleurs. Accroché au mur, un grand poster en couleur de Ronaldo, la star brésilienne du ballon rond. « Ronaldo est fabuleux, s’enthousiasme Ngawang, c’est mon joueur préféré. » Durant la dernière coupe du monde, Ngawang a demandé l’autorisation de pouvoir partir presque tous les jours et de descendre en bus à Lhasa afin de pouvoir suivre les matchs en direct à la télévision.
    Ali est également moine. Il a 21 ans et étudie depuis sept ans déjà les Ecritures sous la direction de Ngawang. Les loisirs de Ali sont assez différents de ceux de son maître : durant son temps libre, il aime écouter de la pop-music, étudier l’anglais et jouer à des jeux vidéos avec d’autres jeunes lamas. Les parents d’Ali sont ouvriers à Lhasa, mais son école secondaire était située tout près du monastère Drepung.     Chaque jour, Ali pouvait donc voir défiler devant la porte de son collège moines et pèlerins. A ses yeux, le statut de moine était le plus enviable de tous et c’est pourquoi, à la sortie du lycée, il a décidé d’entrer dans les ordres. La cellule d’Ali, aussi propre que celle de son maître, abrite un lecteur de cassettes de bonne qualité et une grande collection d’enregistrements de musique pop chinoise et internationale.

Nyingzhag, moine et professeur d’anglais au monastère Drepung.

 

Voyageurs arrivant au monastère Drepung. Le monastère accueille chaque jour de nombreux visiteurs tant chinois qu’étrangers.

    Les moines du monastère Drepung mènent une vie très ordonnée. Chaque jour, de 9 heures à midi, ils étudient ; l’après midi, de 14 heures à 16 heures, ils chantent des sêtras et deux à trois soirs par semaines, ils débattent des doctrines bouddhiques. Chaque mardi, certains moines prennent un bus pour aller faire des courses à Lhasa et nombreux sont les jeunes lamas à porter des montres à quartz et à posséder un radio-cassette ou une calculatrice.
    Durant les années 50 et 60, les moines tibétains ignoraient à peu près tout du monde extérieur du fait des mauvaises conditions de transport et de communications. Ainsi, lorsque le 14e Dalai Lama a assisté à l’Assemblée populaire nationale en 1954 à Beijing, il a dê voyager à dos de cheval durant trois mois pour rallier la capitale. Aujourd’hui, les moines du monastère Drepung peuvent obtenir tous les types d’informations grâce aux livres, à la télévision, à la presse ou à travers les rencontres avec des voyageurs venus du reste de la Chine ou d'ailleurs.
    Ali est actuellement étudiant en troisième année à l’école de littérature du monastère Drepung. Chaque jour, il consacre beaucoup de temps à étudier et à marmotter les Ecritures bouddhiques, à s’occuper de son maître et à suivre des cours de mathématique, de littérature tibétaine, de chinois et d’anglais. Le vàu d’Ali est de pouvoir, une fois qu’il maîtrisera l’anglais, s’en aller parcourir le monde diffuser le bouddhisme.