2001.11

Cinq mille ans de civilisation

      Les temples anciens en Chine (2)

Le monastère Shaolin—lieu sacré de l´école Chan du bouddhisme et de la boxe chinoise

Texte : Qiu Huangxing
Photos : Feng Jin et Liu Wenmin


Le monastère Shaolin construit en 495 sur ordre de l´empereur Xiaowendi des Wei du Nord pour servir de résidence à un moine vénérable indien.


Shi Yongxin (au centre, côté droit), actuel supérieur du monastère Shaolin.

    Le monastère Shaolin qui est connu aussi bien en Chine qu´à l´étranger pour son wushu (art martial) et comme étant le lieu d´origine de l´école Chan (ou du Dhyana) du bouddhisme se situe dans le district Dengfeng au Henan. Lors de sa fondation en 495 sous le Wei du Nord, il y avait des forêts (lin en chinois) touffues au pied nord du mont Shaoshi oè se trouve ce monastère, d´oè son nom de Shaolin.


    L´école du Dhyana est originaire d´Inde. On dit qu´en 527 Bodhidharma, 28e successeur de cette école, arriva d´Inde par mer à Guangzhou puis au monastère Shaolin oè il enseigna les doctrines de l´école du Dhyana qui devint plus tard l´école Chan du bouddhisme en Chine, raison pour laquelle Bodhidharma est reconnu comme étant le fondateur de l´école Chan et le monastère Shaolin comme son lieu de naissance.
    Bodhidharma préconisait la contemplation pour parvenir au nirvóna. Il resta assis en contemplation pendant 9 ans sans bouger face à une paroi rocheuse dans une grotte au nord-ouest du monastère Shaolin. De nos jours encore, cette grotte est appelée « grotte de Bodhidharma ». Au bout de neuf ans de contemplation, la silhouette de Bodhidharma s´imprima sur la pierre devant lui. Aujourd´hui, cette pierre portant son http://www.china-pictorial.com/chpic/htdocs/rmhb/images/200111 a été déplacée dans la salle de la Robe blanche.
    A mi-chemin de la grotte de Bodhidharma se trouve le temple du fondateur dont la salle principale est un véritable trésor de sculptures en bas-relief. Sur ses 12 colonnes octogonales de pierre sont sculptés des gandharvas, des gar´ons, des oiseaux, des fleurs de grenadier et de pivoine ainsi que des herbes, tandis que sur les quatre autres, on voit des gardiens célestes, des dragons et des nuages. Avec des ciselures grossières, les personnages sculptés et richement coloriés présentent un style simple et ancien.

Entra»nement de wushu en hiver.

La salle de Mahavira, détruite en 1928 pendant la guerre et reconstruite en 1986. Les plus importantes des activités bouddhiques ont lieu dans cette salle.
    Les pierres des trois salles entourant la salle principale à l´Est, à l´Ouest et au Nord portent les gravures « Les fonctionnaires adorant le Bouddha » et « Les arhats contemplant la mer » dont les nombreux personnages sont palpitants de vie et présentent un air respectueux et dont les dragons, licornes, tortues, éléphants et cerfs sont d´une ressemblance frappante.
    Les bas-reliefs sur le socle en forme du mont Surému de la statue bouddhique dans la salle principale représentant des montagnes, des arbres, des temples, des pagodes, des champs, des cours d´eau, des ponts, des moines, des montagnards tirant un óne et des passants en attente d´un bac composent des tableaux évoquant la vie du peuple.
    Devant la grande salle du temple dédié au fondateur de l´école Chan pousse un vieux cyprès dont le tronc mesure 4 m de circonférence. On dit qu´il fut planté par Hui Neng, sixième successeur de l´école Chan, lorsqu´il vint du Guangdong rendre hommage à Bodhidharma au monastère Shaolin avec un jeune plant d´arbre cultivé dans un bol. Si c´est vrai, ce cyprès doit être vieux de plus de 1 200 ans.
    Fondée par Bodhidharma et enrichie par ses continuateurs, l´école Chan devint sous la dynastie des Tang (618-907) la plus grande école du bouddhisme en Chine.
    Assis tous les jours en contemplation face à la paroi rocheuse, Bodhidharma sentait ses membres s´engourdir. Il apercevait également ses disciples s´endormir en contemplation et voyait leur santé décliner. Il décida alors de pratiquer régulièrement des exercices physiques et créa 18 mouvements imitant le saut du tigre, un singe grimpant, le bond du léopard, etc. Plus tard ces 18 mouvements différents furent appelés « les 18 exercices routiniers de Shaolin ».

Les Trois Doctrines et les Neuf Ecoles, tableau gravé sur la stèle devant la tour de cloche. Sur ce tableau, Confucius est à gauche et Laozi est à droite. Les Trois Doctrines désignent le bouddhisme, le confucianisme et le tao«sme.

Bas-reliefs sur les poteaux des deux côtés de la porte du temple du fondateur de l´école Chan, réalisés sous la dynastie des Song du Nord (960-1127).

    Bodhidharma créa également d´autres exercices capables de fortifier le corps, dits de « changer os et muscles et laver la moelle épinière ». « Changer os et muscles » consiste à mouvoir le tronc et les membres, tandis que « laver la moelle épinière » à faire des exercices respiratoires internes. En pratiquant les exercices respiratoires, on pouvait faire circuler un flux énergétique dans le corps. Ces exercices étaient très utiles aux moines qui pratiquaient la contemplation.
    Au cours des siècles, les moines du monastère Shaolin étudièrent également les arts martiaux répandus parmi le peuple, permettant à leur art de s´améliorer et de s´enrichir constamment.
    La fresque en couleurs sur le mur de la salle de la Robe blanche illustre l´histoire des 13 moines armés d´un bóton de bois qui sauvèrent la vie à Li Shimin, empereur Taizong des Tang. A la fin de la dynastie des Sui (581-618), Li Shimin se battait avec Wang Shichong, général des Sui en vue de s´emparer du pouvoir. Au moment critique, les moines armés du monastères Shaolin donnèrent l´assaut sur l´arrière-garde de Wang si bien que l´armée de Li Shimin vit sa défaite annoncée transformée en victoire.
    Après son avènement au trône, Li Shimin, empereur Taizong des Tang, conféra des titres de noblesse aux moines, donna des terres au monastère Shaolin et autorisa les moines armés à prendre de la viande et boire de l´alcool.

Les moines assis en contemplation.

Tableau illustrant des moines pratiquant des arts martiaux.

Stèle portant des inscriptions de l´empereur Qianlong de la dynastie des Qing (1644-1911).

    Plus tard, le monastère Shaolin devint un monastère impérial qui dominait les nombreux autres temples du voisinage. Pour la sécurité des temples, l´empereur permit de créer un régiment de moines et envoya des officiers dans le monastère Shaolin pour entra»ner ces moines-soldats aux arts martiaux. Avec le temps, l´école de wushu chinois de Shaolin fut créée.
    A 300 m à l´ouest du monastère Shaolin se trouve une forêt de pagodes. Selon les règles bouddhiques, après le nirvóna d´un supérieur ou d´un moine vénérable, le monastère construisait un stupa pour renfermer son corps et ses objets et érigeait une stèle chantant ses vertus. Cette forêt comprend aujourd´hui 231 stupas dont le plus ancien date de 791 (dynastie des Tang).
    La forme, le nombre des étages et la taille des pagodes varient en fonction de l´époque de leur construction et dépendent également de la situation économique du monastère Shaolin. Les pagodes comprennent 1 à 7 étages et la plus élevée mesure 15 m de hauteur. Les formes de ces pagodes sont très variées. Certaines ont des toitures serrées, d´autres ressemblent à un pavillon et d´autres encore ont un socle en forme du mont Surému. La section du tronc est carrée, rectangulaire, hexagonale, octogonale ou circulaire. La plupart de ces pagodes portent des inscriptions indiquant le rang auquel se classait le défunt, son nom religieux et ses mérites. Certaines pagodes ont un socles orné de personnages, d´animaux ou de fleurs en bas-relief. Les inscriptions sur les pagodes fournissent des renseignements détaillés sur l´histoire, les pratiques religieuses et l´économie du monastère Shaolin et constituent des données substantielles pour étudier l´art de construction des pagodes, la calligraphie et la sculpture du temps jadis.