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Pèlerinage
à Shaolin, temple des arts martiaux chinois
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Texte
et photos : Alexis Vannier
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Dans
la famille Nie, on est maître de wushu de père en fils. Le
père justement, a commencé à sept ans pour tenter de fortifier
une constitution trop faible. Il est aujourd’hui professeur
dans une école de wushu pour filles, une des rares à Shaolin.
Son fils, huit ans, a commencé il y a moins d’un ans le tajichuan
et taijijian. Il vient pourtant déjà de remporter un prix d’honneur
au festival de Wushu de Shaolin à Zhengzhou, capitale de la
province du Henan. Et avec son père, il r¦ve déjà à haute
voix des Jeux Olympiques de 2008 à Beijing et de la possible
reconnaissance des arts martiaux chinois comme sport olympique.
Nie Kejiu est un enfant parmi les dizaines de milliers d’autres,
chinois mais aussi venus du monde entier, à suivre le dure apprentissage
du wushu à Shaolin.
Shaolin, temple bouddhiste mais aussi
et surtout berceau des arts martiaux chinois, fondé il y a plus
de 15 siècles sous la dynastie des Wei du Nord. Passé la porte
surmontée d’une calligraphie du grand empereur Qianlong lui-m¦me
(dynastie des Qing), on suit une allée bordée de cèdres millénaires.
Dans les troncs, des trous, impacts dans l’écorce, nous dit-on,
des doigts des moines-combattants à l’entraînement… Dubitatif,
j’essaie discrètement lorsque le reste du groupe s’est déjà
éloigné. Je me suis fait mal mais le vieil arbre reste imperturbable.
La main endolorie, je continue ma visite… |
Un
peu plus loin, le pavillon dit de la neige rouge, là oè le dénommé
Huike, le second fondateur de la secte bouddhique Chan se tint
debout dans la neige et s’amputa lui-m¦me d’un bras pour
marquer sa dévotion : cette fois, je crois la guide sur parole
et je n’essaie plus d’imiter personne…
Tout en haut du temple, adossé aux monts
Songshan, le « gymnase î, salle d’entraînement, dont
le sol dallé a été défoncé par les générations de moines qui
se sont succédés ici. En redescendant, on entend un drôle de
bruit, une sorte de tac tac tac provenant d’une arrière cours.
Je m’approche. Derrière un mur rouge, sur une esplanade pavée,
deux moines s’entraînent au maniement du bâton. Comme
leurs prédécesseurs depuis 15 siècles. Ici, le temps semble
suspendu.
Aujourd’hui pourtant, l’essentiel
de l’enseignement du wushu ne se fait plus dans le temple
mais dans la centaine d’écoles … une trentaine seulement
sont reconnues officiellement … qui ont essaimé autour du
temple. C’est là que des dizaines milliers d’enfants (l’établissement
le plus important compte à lui seul quelque 8 000 élèves !)
viennent se frotter avec le mythe et se construire un corps
et un mental d’acier dans ces dures écoles de la vie : lever
avant l’aube, cours de culture le matin, entraînement tous
les après-midis… Les conditions de vie sont spartiates : le
wushu est aussi un apprentissage de l’abnégation et de la
douleur.
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Le long de la
route qui nous mène à Shaolin, exceptionnellement ce jour-là, la trentaine
d’écoles reconnues organisent une démonstration. Le spectacle est
à couper le souffle : sur plusieurs kilomètres, des centaines de gamins,
les muscles tendus, des gouttes de sueurs perlant sur leur front,
manient des épées de fer blanc, font des sauts périlleux à m¦me
le macadam, chassent en poussant un cri de guerre un ennemi invisible.
La souffrance peut se lire sur leur visage. Mais le regard est inébranlable
et rempli de la fierté de ceux qui savent que désormais, ils ne sont
plus des enfants comme les autres, mais des élèves de Shaolin.
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