2001-2

 Peuple chinois

Rencontre avec Huang Jinpeng,
Auteur d’une copie des Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel

par Wang Lei


Huang Jinpeng. Il a fait une copie complète de la peinture murale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel.

 

Contexte historique:
Le palais Yongle (bonheur éternel) est un temple taoïste construit sous la dynastie des Yuan (1271-1368) dans le bourg de Yongle dans l’actuel district de Ruicheng, dans la province du Shanxi. En 1959, il fut démonté pour être transféré dans le nord de la cité de Ruicheng afin de céder la place au complexe hydraulique de Sanmenxia sur le fleuve Jaune. Connu pour ses fresques d’une grande finesse et ses ingénieuses structures de bois, il figure sur la liste du patrimoine chinois protégé par l’Etat. Depuis la découverte en 1952 de la peinture murale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel, professeurs et étudiants des écoles des beaux-arts se succèdent pour venir y étudier et recopier ses fresques.

Huang Jinpeng :
Né à Anshan dans la province du Liaoning, Huang Jingpeng a commencé à apprendre à dessiner dès sa plus tendre enfance. En 1989, il a obtenu son diplôme de l’Institut des beaux-arts de Lu Xun et est maintenant professeur au département des arts de l’école normale supérieure d’Anshan. Spécialisé dans la peinture traditionnelle chinoise, il a consacré beaucoup de temps à étudier les fresques de différentes grottes et temples et à en faire des copies. Au cours de ces 10 dernières années, il a recueilli de nombreuses données sur la peinture murale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel et réalisé une superbe copie qui reproduit tout le charme de l’original.



Détails de la peinture murale originale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel.
    La Chine : Professeur Huang, quand j’ai appris que vous aviez fait une copie de la peinture murale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel, j’ai été frappée d’admiration pour votre persévérance et votre dévouement à l’art. Je voudrais donc savoir : quel genre d’homme êtes-vous et qu’est-ce qui vous a poussé à accomplir un tel travail ?
    Huang Jinpeng : Je pense que j’ai seulement accompli ce que je devais faire. J’ai grandi dans une famille d’ouvriers très ordinaire. Je suis quelqu’un d’introverti qui parle peu en public excepté pendant les heures où je donne des cours. Enfant, je me rendais souvent chez notre voisin pour feuilleter la bande dessinée intitulée le Roman des Trois Royaumes. J’adorais les héros décrits dans le livre et rêvais de m’élancer comme eux à l’assaut des ennemis!
    Je dessinais ces héros en m’inspirant de la bande dessinée et j’ai commencé à me passionner pour la culture ancienne et à m’intéresser à la peinture traditionnelle chinoise. Etudiant à l’école des beaux-arts, je me suis passionné pour l’art populaire. En 1988, quand j’ai vu pour la première fois les fresques du palais Yongle, j’ai été profondément impressionné par leur magnificence et j’ai décidé de les copier. Depuis lors, chaque année, je suis retourné visiter le palais Yongle. En 1996, je me suis lancé dans la copie des Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel que j’ai achevée en avril 2000.
    La Chine : Il s’agissait sans doute d’un travail aussi dur que fatigant sur le plan mental et physique. Pourriez-vous me parler de votre état d’esprit aux différents stades de cette réalisation ?
    Huang Jinpeng : J’étais très excité quand j’ai enfin commencé à copier cette peinture murale après tant d’années de préparation. J’ai loué une grande pièce, car je voulais faire une copie grandeur nature. J’avais envie d’achever rapidement ce travail. Je me suis enfermé pendant des mois dans mon atelier et en moins d’un an, j’avais terminé le tracé des croquis. Lorsque j’ai assemblé ces croquis, je me suis aperçu que j’avais fait des erreurs dans les proportions. J’étais très en colère contre moi-même. J’ai loué une pièce plus grande et commencé à retracer les croquis. Dur ? Bien sûr. D’ailleurs, tant de peine m’a rendu un peu indifférent.

Détails de la copie Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel, peinte par Huang Jinpeng.
    La Chine : Pendant tout ce temps, vous avez cessé d’enseigner afin de concentrer tous vos efforts sur la réalisation de cette copie et réaliser votre ambition. L’école a cessé de vous payer mais vos dépenses augmentaient. Votre famille vous a-t-elle appuyé ?
     Huang Jinpeng : Honnêtement, j’ai été dans une situation difficile. J’ai dû payer le loyer et acheter du papier et de la peinture. Les frais de voyage et d’achat des documents étaient aussi à ma charge. Je consacrais tout mon temps à copier la peinture murale et j’ai négligé ma famille. Ma femme a divorcé d’avec moi.
     Heureusement, mes parents et ma fille m’ont accordé un soutien moral. Mon père et ma mère étaient tous les deux des ouvriers honnêtes. Ils ne connaissaient peut-être pas ce que je dessinais mais ils savaient que j’entreprenais une affaire d’une importance majeure. Ils m’ont aidé à m’occuper de ma fille et ont aussi pris soin de moi. Je leur en suis très reconnaissant.
     Lorsque ma fille venait dans mon atelier, elle me posait souvent des questions sur les personnages dans mes croquis et rapidement elle est devenue capable de les reconnaître.
     Peu après mon divorce, ma mère est morte dans un accident de la circulation. Les funérailles de ma mère ont été la période la plus longue durant laquelle je n’ai pas peint. Je n’oublierai jamais son amour pour moi et le soutien qu’elle m’a apporté.
     La Chine : Les fresques du palais Yongle sont très connues et énormément d’artistes en ont fait des copies. Est-ce que vous avez envisagé ce fait avant de décider de peindre votre propre copie ?
     Huang Jinpeng : Depuis ma sortie de l’Institut des beaux-arts, je n’ai jamais cessé d’étudier les fresques du palais Yongle et d’en faire des copies. J’ai toujours été ému par leur beauté. C’est le sens du devoir qui m’a poussé à copier la peinture murale Les Immortels se rendent à l’audience du Seigneur du ciel. Je pense avoir une bonne compréhension de cette œuvre et j’ai prêté une grande attention à ses détails. En la copiant, j’ai aussi travaillé à la restaurer sur certains points. Je suis fier de ce que j’ai fait.
     La Chine : Je suis tout à fait d’accord avec vous. La copie est imprégnée de vos sentiments. C’est évident, si l’on la vue. Avez-vous un projet pour l’avenir ?
     Huang Jinpeng : La première chose à faire pour moi, c’est retourner une fois encore au palais Yongle. Ensuite, il existe de nombreuses fresques à travers la Chine qui sont superbes. Si c’est possible, j’aimerais aller les voir et copier les meilleures. J’espère que mon travail est utile à la préservation du patrimoine chinois.