2001-3

    Le peuple chinois

A la découverte du pays des Dong au Guizhou

 


Texte : Zou Yi
Photos : Wang Jingtang et Zou Yi



Une jeunes fille Dong en costume traditionnel.
    Au Sud-Est de la province du Guizhou, dans le département autonome des Miao et Dong, sur les cours moyen et supérieur de la rivière Duliu , se trouve le district de Rongjiang, que l’on nommait autrefois Guzhou. Les magnifiques paysages de l’endroit, l’influence unique et très marquée de minorités ethniques, particulièrement les Dong, Miao, Shui, Yao dont la culture traditionnelle est la mieux préservée, en font le bassin des sources ancestrales de la culture des Dong et des Miao.
    L’automne dernier, je suis allé en reportage dans le district de Rongjiang. Sur place, le guide nous a indiqué que le village de Chejiang, au nord de la vieille ville de Rongjiang, là où les vieux figuiers banians forment une forêt immense, est le plus important bassin de population Dong au niveau national,
    Le lendemain à l’aube, la voiture se mit en route sous une pluie fine. Depuis le véhicule, on pouvait facilement suivre des yeux le cours de la rivière. Sur la berge, un alignement exceptionnel de banians plus que
centenaires faisait écran à la lumière du soleil. Les eaux de la rivière reflétaient l’image des montagnes lointaines. Au milieu, depuis de petits bateaux, des pêcheurs lançaient leurs filets. Enfin la voiture s’arrêta près du village. Un concert de pipeaux de roseaux salua notre arrivée.
    L’entrée du village se trouvait au bord de la rivière, au pied d’un immense banian. Elle était barrée par deux perches en bambous posées horizontalement, avec derrière, de jeunes filles Dong en costumes traditionnels. Accrochés à ces perches, pendaient des semelles intérieures de chaussures soigneusement brodées et des « œufs porte-bonheur » teints en rouge. Les jeunes filles Dong tenaient à la main des cornes de bœuf remplies à raz bord d’alcool de riz. Ensuite, bien rangées derrière les perches de bambous, elles ont chanté de leur voix mélodieuse et magnifique des chansons signifiant « la Route barrée ».

A l’arrivée au village Dong, on verse aux visiteurs un verre d’alcool de la « Route barrée » et on lui chante la chanson du même nom en signe de bienvenue.

Le meilleur alcool est offert aux invités.

De jeunes filles brodent des semelles de chaussure.
    Si les Dong ont leur propre dialecte, en revanche, ils n’ont pas d’écriture. Bien que nous ne comprenions pas les paroles, la beauté de ces chants nous touchait. Au centre, un jeune homme semblait diriger les chœurs : avec une farouche énergie, il lançait en criant un nouveau vers, que les jeunes filles reprenaient aussitôt plus fort tout en nous tendant les cornes de bœufs remplies de vin. Le vin bu, les jeunes filles ont accroché autour de notre cou les semelles décorées et les œufs colorés. Nous pûmes alors passer sous les bambous pour entrer dans le village.
    A l’intérieur du village, pas besoin de demander notre route : il suffisait de suivre la musique et les chants. Au centre , sous un immense banian, d’adorables bambins ont exécuté pour nous une danse traditionnelle pour enfants des Dong ; ensuite les filles du village ont pris place en cercle et ont commencé à chanter et à danser au son des pipeaux de roseau, entraînant par la main des voyageurs à venir les rejoindre dans leur danse joyeuse.
    Le peuple Dong accorde une grande importance à la danse et au chant. A peine un enfant commence-t-il à savoir parler que ses parents lui apprennent à chanter. Dès 5 ans, âge auquel elles commencent à porter des jupes, les petites filles entrent dans les classes de chant et suivent les cours d’un professeur invité par leurs parents, et ce, jusqu’à ce qu’elles se marient. Les chants des Dong sont très riches tant sur le fond que sur la forme. Ils peuvent raconter l’histoire de cette ethnie, ses légendes ou encore des histoires d’amour. Sur la forme,


La luxuriance d’un vieux banian.


Le chant de l’année d’abondance.

Une chanson « ye » qui s’exécute en balançant les bras d’avant en arrière.
ils se divisent en deux grandes catégories, le « ye » et le « ga ». Le « ye » combine danse et chant, généralement sans accompagnement musical. Le « ga » regroupe les chants des montagnards, les chansons à boire, la chanson de la rue barrée, etc., parfois accompagnés au pipa, et qui peuvent se chanter en solo, en chœur, ou en duo par un jeu de questions-réponses.
    A la mi-journée, le spectacle de chant terminé, les villageois ont dressé une immense table sous le grand banian. Les jeunes filles Dong ont apporté dans des paniers en bambou des plats typiques de cette ethnie : riz glutineux, potiron bouilli, poisson salé et alcool de riz glutineux, nécessaires à la préparation d’un banquet des cent familles qui, grâce à la diligence de quelques grand-mères, fut prêt en un clin d’œil. Les Dong disent que « La nourriture alimente le corps, les chants alimentent le cœur ». Alors, durant le banquet, de jeunes filles, chantant des chansons à boire, vinrent sans relâche porter des verres de vin à nos lèvres. L’alcool de riz, parfumé et généreux, n’a jamais été aussi doux que ce jour-là…


Le banquet des cents familles Dong.

Sur la scène, des enfants Dong exécutent une danse tout en jouant de l’orgue à bouche.

La rivière Rongjiang. C’est ici que se trouve la plus importante communauté Dong en Chine.