2001-5

Cinq mille ans de civilisation


Mille aspects d’un « pays de la mise »
--Exposition des vêtements chinois aux Etats-Unis


Texte : Fang Yugen
Photographie : Zhao Hui


Robes portées par l’empereur et la reine des Qing.
Ces navettes, aiguilles et couteaux en os découverts sur site de Hemudu au Zhejiang datant d’il y a 7 000 ans témoignent de la longue histoire de la couture en Chine.
     

Soldat portant une armure de l’armée en terre cuite de l’empereur Shihuangdi des Qin.

Chapeau carré en soie couvert d’un fichu de l’époque Han.
     
   La Chine est une pays multinational avec une longue histoire et une civilisation ancienne brillante. Par l’aperçu de sa culture vestimentaire, on peut avoir une notion concrète de son développement et de son évolution. Depuis des millénaires, les stylistes de différentes époques n’ont en effet cesser de créer de nouveaux modèles et de transformer les habits, dont le but originel était uniquement de couvrir le corps, en une composante importante de la culture chinoise, valant à la Chine le surnom de « pays de la mise ».
   Les aiguilles en os et d’autres objets liés à l’habillement découverts sur le site de la culture de Hemudu datant d’il y a 7 000 ans témoignent de la longue histoire de la couture chinoise. Les costumes typiques de l’époque des Printemps et Automnes (770-476 av. J.-C.),des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.), des Wei (220-265), des Jin (265-420), des Dynasties du Sud et du Nord (420-589), ainsi que des dynasties des Tang (618-907), des Song (960-1279), des Yuan (1271-1368), des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911) montrés au public américain lors des expositions de vêtements organisées à l’occasion de la « Présentation de la culture chinoise à travers les Etats-Unis en l’an 2000-Mieux découvrir la Chine » reflètent dans ses grandes lignes la brillante culture vestimentaire chinoise.
   Les vêtements de l’époque des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants : à cette époque, les guerres étant fréquentes et les divers royaumes indépendants, on vit apparaître l’embryon de la culture vestimentaire chinoise caractérisée par la distinction entre d’une part les vêtements sortis des ateliers de confection d’Etat et d’autre part ceux issus de la couture populaire et les différents styles d’habillement selon la nationalité et la qualité du porteur.
   Durant la période allant de la dynastie des Qin (221-207 av. J.-C.) à celle des Han (206 av. J.-C.-220), l’empereur Shihuangdi des Qin, qui gît actuellement parmi les guerriers et les chevaux en terre cuite à Xi’an, unifia la Chine et son écriture, poussant ainsi en avant l’histoire et la civilisation chinoises. Cet empereur établit nombre de nouveaux systèmes dont le régime vestimentaire selon lequel l’habit caractérisait la position sociale et le grade de son porteur. En termes contemporains, cela signifiait que, selon sa tenue, on pouvait reconnaître les fonctions exercées par une personne qu’il soit empereur, premier ministre ou ministre.
   Les vêtements des Wei, des Jin et des Dynasties du Sud et du Nord : avant 265, les guerres étaient fréquentes entraînant de nombreux déplacements de population, ce qui permit aux différentes cultures et notions esthétiques du Nord et du Sud de la Chine de se rencontrer et de se combiner. Sous l’influence de diverses doctrines philosophiques, est née l’idée d’un style vestimentaire naturel et centré sur la personne.
     
Vêtements somptueux de la princesse Wencheng des Tang (VIIe Siècle).
Vêtements en soie colorée pour femmes, dynastie des Han.
     
Vêtements pour dames, époques Wei, Jin et Dynasties des Sud et du Nord.
Vêtements portés par des dames de compagnie à la cour des Tang.
Bonnet porté par la reine et haut-de-forme pour femmes nobles (dynastie des Yuan).
     
   Les vêtements de la dynastie des Tang représentent la plus brillante page de l’histoire de la confection chinoise. La cour impériale appliquait une politique relativement ouverte et les gens pouvaient donner libre cours à leurs pensées ; les conditions étaient donc favorables à la création de très nombreux modèles originaux. Pour les vêtements féminins de cette période, on peut même parler de « mode », puisque les modèles et les styles se renouvelaient très rapidement et les derniers sortis de l’imagination des couturiers connaissaient toujours, pour un certain temps, un véritable engouement.
   Les habits de la dynastie des Song, de style simple et élégant, étaient surtout appréciés pour leur commodité.
   La dynastie des Yuan vit la prise de pouvoir en Chine par l’ethnie nomade des Mongols. Naturellement, les vêtements de cette période présentent des caractéristiques propres à cette ethnie. Cependant, avec la fusion progressive des cultures mongole et Han, ces caractéristiques furent de moins en moins marquées. Simplicité et somptuosité sont les deux marques essentielles des vêtements de cette époque.
   En abolissant le système d’habillement de la dynastie précédente, la dynastie des Ming a créé une esthétique vestimentaire toute nouvelle caractérisée par un style libre et naturel.
   Les vêtements somptueux et aux formes variées de la dynastie des Qing : durant les plus de 200 ans de gouvernement de la Chine par la cour impériale des Qing, le monde connût d’immenses bouleversements : la Renaissance en Italie, la découverte du nouveau monde par Christophe Colomb, etc. Mais, à cause de l’application d’une politique dite de « la porte fermée », tous ces changements n’exercèrent qu’une influence modeste sur la mise des Chinois. Ainsi, les habits caractérisaient toujours la qualité de leur porteur et incarnaient son mode de vie personnel. C’est précisément grâce à ces habitudes que nous avons aujourd’hui encore un patrimoine vestimentaire si riche dont la « qipao », robe de soirée fendue sur les côtés mettant en évidence la beauté féminine est un très bon exemple.
     
Image de l’impératrice douairière Cixi (1835-1908) en posture assise. Pendant 50 ans, ce fût elle qui détint la réalité du pouvoir sous les règne de Tongzhi et de Guangxu (dynastie des Qing). Elle était vêtue à la manière des empereurs et il était interdit aux autres de porter la même tenue.  
Robes pour femmes à la cour des Qing.
     
Costume d’actrice, époques des Wei, Jin et Dynasties des Sud et du Nord.
Robe de chanvre de l’époque des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants.
 
     
 
    La fresque « Réunion des divinités » du palais Yongle dans le Shanxi. Ce dernier, construit il y a plus de 1 200 ans a conservé son aspect original. Les tenues de ces divinités reflètent la mise de la haute société de l’époque.