2001-5

Exclusif


La maison du bonheur


Texte : Xie Chen


Beaucoup de villes en Chine font face au problème du réaménagement des vieux quartiers résidentiels.
Réaménagement urbain. Des ouvriers démolissent de vieilles maisons qui doivent céder la place à un nouveau quartier.
La joie des nouveaux propriétaires.
     
Le quartier de l’ancienne concession française à Shanghai. Hauts immeubles et vieilles maisons de plein pied coexistent encore dans de nombreuses villes en Chine.
Le nouveau quartier Ju’er dans l’arrondissement Dongcheng à Beijing. Toutes les maisons de ce quartier n’ont qu’un étage, afin de s’insérer harmonieusement dans leur environnement. Dans la reconstruction des vieux quartiers résidentiels à Beijing, les autorités prêtent en effet une grande attention à la protection des vestiges historiques. Salle de séjour d’un appartement de Beijing. Avant d’emménager, les Chinois consacrent beaucoup de temps et d’argent à la décoration de leur nouveau logement.
     
   Pour les Chinois, logement et habillement sont les deux conditions sine qua non pour mener une vie heureuse et bien travailler. Actuellement, le logement est même devenu le principal centre d’intérêt du public en Chine : pour se saluer, l’expression « Avez-vous mangé ? » a cédé la place à « Avez-vous déménagé ? »
   Durant la première Fête du Printemps de ce nouveau siècle, Xu Kaiqin et 20 autres agriculteurs du bourg de Yanjiang dans l’arrondissement de Pukou à Nanjing, capitale de la province du Jiangsu, ont déménagé avec leur famille dans le quartier résidentiel de Dongyuan, premier lotissement de villas pour ruraux à Nanjing. Le quartier résidentiel de Dongyuan comprend 25 villas de style européen dont 90% sont habitées par des paysans.
   Xu Kaiqin est connue pour être la « reine des légumes » dans le bourg de Yanjiang. Elle a dépensé 250 000 yuans pour acheter et décorer sa villa. A côté des pièces d’usage courant, sa nouvelle maison comprend aussi une remise pour ses instruments agricoles. Le jour du déménagement, elle a emporté deux corbeilles en bambou dont l’une contenait ses outils et l’autre des livres sur la culture des légumes qu’elle a rangés dans sa remise. « Comment aurais-je pu habiter dans cette villa s’il n’y avait pas eu de place pour ces instruments et ces livres ? » demande-t-elle.
   Fan Ruoping, citoyenne ordinaire de la ville de Shenyang dans la province du Liaoning, a déménagé en 2001 dans un appartement moderne. « Les maisons ne sont pas seulement faites pour être habitées. » répète-t-elle. Cette phrase revient souvent dans la bouche des nouveaux propriétaires: avec l’élévation du niveau de vie, les habitants de Shenyang commencent en effet à s’intéresser non seulement à leur maison, mais aussi à l’environnement, aux facilités offertes et à l’administration de leur quartier résidentiel.
   Sur le marché du logement de Shenzhen dans la province du Guangdong, les agents immobiliers promeuvent par tous les moyens la vente des logements : sursis de paiement, achat à crédit, décoration luxueuse offerte et autorisation d’inscription sur le registre d’habitation. L’an dernier, la superficie totale des logements vendus a atteint 6,11 millions de m2, soit 120 000 m2 de plus que l’année précédente.
   Au cours des dernières décennies, les Chinois ont poursuivi de nombreux rêves : téléphone au domicile, téléphone mobile, voiture et maison. La suppression du système de distribution des logements par les établissements d’Etat et le développement d’un marché immobilier marquent le commencement de la troisième étape de la réforme du logement en Chine.
   La première étape était caractérisée par la propriété publique. Avant 1978, interdisant aux individus de construire et d’acheter des maisons, c’est l’Etat qui se chargeait de la construction des logements ; pendant la deuxième étape allant de 1979 à 1999, les employeurs achetaient ou construisaient des logements pour leurs employés et la troisième étape a commencé avec l’autorisation donnée par l’Etat aux particuliers d’acheter eux-même des logements.
     
Quartier résidentiel nouvellement construit à Tianjin. Tianjin est une des villes ayant obtenu le plus grand succès dans la réalisation du « Projet d’habitation en paix et confortable ». En 1978, la surface habitable moyenne par habitant était de 3,3 m2 . En 1998, ce chiffre était passé à 8,06 m².
Salon immobilier.
Nouvel appartement, nouvelles conditions de vie. Un enfant apprend à jouer du piano dans son nouveau logement.
     
   Récemment, Liu Zhifeng, vice-ministre de la Construction, a révélé que durant le IXe plan quinquennal (1995-2000), la proportion des achats de logements par les individus a largement augmenté par rapport aux années précédentes. L’an dernier notamment, les citadins ont été les principaux investisseurs dans le secteur du logement. Des statistiques de novembre 2000 montrent que la superficie des logements achetés par les particuliers représente 89,23% de celle des logements vendus, soit 36% de plus qu’en 1995 et 75% de plus qu’en 1985. Dans certaines villes et régions, comme Chongqing, la région autonome Zhuang du Guangxi, les provinces de Hainan, du Jilin, du Hunan et du Jiangsu, cette proportion a dépassé les 95%. Durant les onze premiers mois de l’an 2000, les prêts accordés aux acheteurs particuliers de logements ont atteint 161 milliards de yuans, soit 2,16 fois le montant de l’année précédente ou une augmentation annuelle représentant 4% du produit intérieur brut. La construction de logements est bel et bien devenue un nouveau pôle de croissance de l’économie nationale.
   Fin 2000, le produit intérieur brut a dépassé pour la première fois dans l’histoire chinoise les 1 000 milliards de dollars américains. 2001 est la première année du Xe Plan quinquennal. Qiu Xiaohua, directeur adjoint du Bureau d’Etat des statistiques, estime que l’élément le plus favorable à la croissance économique est une politique stable et efficace. A en juger par les tendances macro-économiques, l’économie nationale devrait maintenir un taux de croissance annuel de 7 à 8%. D’après lui, la consommation d’automobiles et de logements entrera dans une nouvelle étape au cours des prochaines années.
   En 2000, la Chine a mis fin au système de distribution des logements aux employés et depuis le début de l’année, elle a commencé à établir un nouveau système immobilier régi par la loi du marché qui touchera les 7 domaines suivants : la distribution des logements, les matériaux de construction, le marché du logement, le financement, l’intermédiation, la gestion des propriétés immobilières et le macro-contrôle par le gouvernement.
   L’enquête menée par une agence d’informations de Beijing auprès de 9 872 foyers de 22 villes, dont Beijing, Shanghai, Tianjin, Wuhan et Haikou, a révélé que 45,8% d’entre eux ont un logement de 50 m2 et 47% de 50 à 110 m2 et que 75,9% habitent dans un bâtiment à étages, 7% ont une maison individuelle et 3,6% habitent dans un lotissement de villas.
   La nouvelle politique et la concurrence qui règne sur le marché de l’immobilier attirent davantage d’acheteurs qu’autrefois. Aujourd’hui, les clients choisissent le plus souvent leur logement en fonction de l’environnement, de la localisation, du type, de la dimension et du prix du bâtiment. Pour offrir plus de confort aux nouveaux propriétaires, l’Etat suit de très près la concentration du secteur du logement, l’application de nouvelles techniques de construction et la standardisation de la gestion des quartiers résidentiels.
     
Terrasse sur le toit d’une maison d’un lotissement de luxe.
Piscine dans un quartier résidentiel.
Le lotissement « le Jardin de la résidence de la princesse » dans la banlieue de Beijing.
     
Rêve miniature. Une maquette de maison d’habitation.
Sentiments partagés :
« Je suis très content de déménager dans un nouveau bâtiment, mais je suis aussi triste de quitter ma vieille maison. » déclare Guo Zhonghou, 83 ans, habitant de Beijing qui quitte son hutong pour aller vivre, comme l’ensemble de ses voisins dans un nouveau quartier.
Un nouveau quartier résidentiel.