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C'était à la mi-mars
dernier. Il faisait doux et un magnifique soleil brillait sur l'université
de Beijing. Parmi les étudiants déambulant sur le
campus, son altesse Maha Chakri Sirindhorn, princesse du Royaume
de Thaïlande, sur le point de rentrer chez elle après
un mois d'études ici.
La princesse Sirindhorn, âgée
d'une quarantaine d'années, est la deuxième fille
du roi de Thaïlande, Bhumidol Adulyafej. " Je reviendrai
en août prochain ", nous a assuré la princesse
en insistant bien sur le verbe revenir et dont le regard trahissait
la sincérité.
Le 13 mars après-midi, une
cérémonie a eu lieu dans la salle de lecture de l'université
durant laquelle la princesse a été faite docteur honoris
causa. Un chapeau carré, orné d'un gland rouge couvrait
les cheveux noirs et légèrement bouclés de
Mme Sirindhorn et plongeait dans l'ombre ses fins sourcils noirs
et sa toge de docteur. Un timide sourire a éclairé
son visage lorsque le professeur Wang Debing, directeur du Comité
des Affaires scolaires de l'université de Beijing lui a remis
son diplôme de doctorat en reconnaissance de son attachement
à la culture chinoise.
La princesse a ensuite prononcé
un discours en chinois pour exprimer sa gratitude et sa compréhension
des relations entre les cultures chinoise et thaïlandaise.
" C'est aussi pour moi un test de chinois, a-t-elle prévenu.
J'espère que vous pourrez me comprendre... " Sa prononciation
très claire et son débit naturel ont été
salués par des applaudissements.
Le mois d'études de Mme Sirindhorn
a été financé par une bourse du Projet de recherche
sur la culture chinoise. Depuis plus de dix ans, Mme Sirindhorn
s'est en effet consacrée à l'étude de la culture
chinoise et en mars 2000, elle a remporté le Prix chinois
de l'amitié culturelle et linguistique délivré
par le ministère chinois de l'Education. En automne de la
même année, elle a accompagné sa mère
en voyage en Chine et s'est rendue à l'université
de Beijing pour préparer son séjour d'études.
La princesse a vécu comme un
étudiant ordinaire. Chaque matin, elle quittait son appartement
à côté du Lac Sans-nom (Weiming hu) sur le campus
dont elle faisait trois fois le tour en courant, pour pratiquer
son Taiji à l'ombre des saules. Souvent, elle prenait le
temps de faire appel quelque personnage éminent ou de recevoir
ses amis dans son appartement. " Les enseignants et mes professeurs
particuliers sont consciencieux et ils apportent beaucoup de soin
à la préparation des cours, nous a-t-elle raconté.
Leur sérieux m'a poussé à étudier plus
dur pour me montrer digne de leur travail. "
Chaque jeudi, Mme Sirindhorn avait
une leçon de calligraphie avec Zhang Zhengguo. " La
princesse a fait montre d'un grand intérêt pour la
calligraphie chinoise et d'une profonde compréhension de
sa beauté., a déclaré M. Zhang. Elle a une
grande capacité de compréhension. " La princesse
s'est entraînée à la calligraphie en utilisant
le pinceau, la pierre à encre, l'encre et le papier fournis
par l'université. Elle a rapidement assimilé les fondamentaux
des huit modèles d'écriture du caractère yong
(perpétuité). Sa calligraphie des quatre caractères
" tian ren he yi " (l'homme et la nature ne font qu'un)
est empreinte d'une forte touche traditionnelle. Dans la pratique,
elle s'entraîne à l'écriture d'un caractère
sur de vieux journaux avant de l'écrire au propre sur du
papier à calligraphie. Lorsqu'elle a achevé un rouleau
qui lui donne satisfaction, elle y appose son sceau et l'accroche
au mur de son appartement. Un de ses amis thaïlandais lui ayant
demandé de lui écrire et de lui envoyer le caractère
Ren (endurance), elle a demandé à Zhang Zhengguo de
le lui apprendre.
A côté du chinois et
de la calligraphie, la princesse a aussi étudié le
erhu, un violon traditionnel chinois à deux cordes, ainsi
que le taiji et la peinture traditionnelle chinoise. Elle a bien
entendu voyagé sur de nombreux sites historiques et pittoresques
et rendu visite à de vieilles connaissances.
Parmi elles, Wang Meng, un écrivain
célèbre avec lequel elle a eu une longue conversation
en chinois. Elle avait déjà fait publier en 1994 la
traduction en thaï du roman de Wang, " le Papillon ",
traduction à laquelle elle a consacré six années.
Enfin, lorsque M. Wang s'était rendu en Thaïlande, elle
l'avait reçu dans les appartements privés de la famille
royale.
Durant son séjour en Chine,
la princesse Sirindhorn a visité de nombreux endroits et
s'est familiarisée avec les paysages et les coutumes locaux.
Ses voyages aux monts Huangshan et à Guilin lui ont permis
d'améliorer son regard sur la peinture traditionnelle chinoise
de paysages. Mme Sirindhorn estime que l'étude des arts traditionnels
chinois permet de cultiver les caractéristiques morales et
pacifiques des êtres. " Je pense que la calligraphie
traditionnelle chinoise, le Taiji et la musique sont interconnectés,
explique-t-elle. Ils incarnent tous une force permettant d'amener
les gens à la sérénité. "
Avant de quitter l'université,
la princesse Sirindhorn a présenté un diaporama sur
la culture thaïlandaise avec notamment des images de pagodes,
de palais, de temples, de sculptures sur coquillages et de spectacles
de marionnettes. Elle a elle-même fait le commentaire, en
chinois et avec énormément de vivacité. Et,
bien qu'elle ait trébuché sur un mot ici ou là,
la présentation était pleine d'entrain et fort convaincante.
Au cours des 20 dernières années,
Mme Sirindhorn a visité la Chine à 12 reprises et
a pu approfondir chaque fois un peu plus sa compréhension
de ce pays. " La première fois que je suis venue étudier
en Chine, raconte-t-elle, je ne savais pas parler chinois. Mais
aujourd'hui, j'ai énormément d'amis ici qui me manquent
lorsque je retourne en Thaïlande. "
Il n'y a pas très longtemps,
la princesse Sirindhorn a visité l'exposition sur les résultats
obtenus 15 ans après la mise en uvre du projet de hautes
technologies " 863 " à Beijing. " La Chine
a non seulement une culture et une histoire splendides, a-t-elle
souligné, mais elle a également obtenu des réussites
remarquables dans les sciences et technologies. " Elle a par
ailleurs exprimé le souhait que la Thaïlande et la Chine
entreprennent des échanges dans de nombreux domaines, notamment
ceux de la culture, du commerce, du tourisme, des sciences et des
technologies.
A n'en point douter, Mme Sirindhorn
n'est pas prête d'oublier ces quelques semaines passées
à l'université de Beijing. Lors de la cérémonie
de remise de diplôme, une jeune étudiante a épinglé
un badge de l'université au revers du col de la princesse.
Celle-ci rayonnait : " L'université de Beijing est un
des meilleurs établissements d'enseignement supérieur
en Chine. J'adore cette école ! ", avant d'ajouter un
conseil à l'adresse des jeunes Thaïlandais désireux
de venir en Chine : étudier le chinois d'abord, les sciences
et technologies chinoises ensuite.
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