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Dans son ouvrage
réputé « Vers un monde d’abondance », un célèbre
économiste agricole a écrit : « Yuan Longping a fait
gagner un temps précieux à la Chine. L’augmentation
de la production céréalière qu’il a permis a eu pour
effet d’abaisser le taux de croissance de la population.
Ses succès en agronomie ont éloigné la menace de famine
et il nous conduit vers un monde d’abondance ».
Dans
une publicité destinée à sensibiliser le public, Yuan
Longping explique : « S’il n’a rien mangé pendant
deux repas, le champion du monde ou le roi de boxe se réduit
à un bon à rien. » Avec un langage humoristique, il
a révélé cette vérité simple qui veut que la nourriture
soit le premier besoin de l’être humain. Dans les régions
productrices de riz du Sud de la Chine, un nouvelle formule
populaire est largement répandue prétendant que pour avoir
de quoi manger, il faut compter sur Deng Xiaoping (système
de responsabilité à rémunération forfaitaire au niveau
des foyers paysans) et Yuan Longping (riz hybride). Certains
riziculteurs respectent tellement Yuan Longping qu’ils le
considèrent comme le Shen Nong (empereur légendaire qui
passe pour avoir enseigné l’agriculture à la Chine
primitive) de notre époque.
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En
Chine, les deux tiers de la population mangent du riz comme nourriture
de base et 60% des riz que nous consommons quotidiennement sont
des riz hybrides développés par Yuan Longping et ses collègues.
Selon
des statistiques, de 1976 à 1999, 2,33 milliards d’hectares
de rizières ont été ensemencés de riz hybride et la production
de rizon (riz non décortiqué) a accusé une augmentation de
300 millions de tonnes, ce qui a permis de nourrir plus de 40 millions
de personnes supplémentaires.
A
la fin de l’an dernier, la première phase des travaux de recherche
en vue de résoudre les problèmes clés concernant le super-riz
hybride menés par un groupe d’agronomes dirigé par Yuan Longping
a été couronnée de succès. Ainsi, si au début du XXIe
siècle, on remplace les riz hybrides ordinaires cultivés actuellement
par ce super-riz hybride sur les 15,3 millions ha actuellement consacrés
à la culture du riz hybride ordinaire et que l’augmentation
des rendements est de 1,5 à 2 t à l’hectare, la production
de rizon augmentera de 23 à 34,5 millions de tonnes par an, mettant
60 à 80 millions de personnes supplémentaires à l’abri
de la faim.
Face
à ces chiffres impressionnants, on peut vraiment dire qu’avec
une simple graine, Yuan Longping est capable de changer le monde
où nous vivons.
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L’apparition
des riz hybrides a représenté un défi aux idées re’ues.
Dans les années 1960, Yuan Longping a commencé ses recherches
sur le riz hybride à l’école agronomique d’Anjiang
dans le Hunan. A cette époque, selon les théories de l’hybridation
asexuée admises par Ivan Mitchourine et Trofim Lyssenko
et les points de vue communs aux agronomes de divers pays,
le riz étant une plante autogame et n’ayant pas d’hétérosis,
toute expérimentation semblait vaine.
Mais
Yuan Longping n’était pas d’accord. Au printemps 1966,
après avoir étudié de fa’on approfondie un plant de
riz naturellement hybridé poussant à merveille qu’il
avait trouvé dans un champ, il a écrit un essai intitulé
« La stérilité móle du riz » qui a eu un grand retentissement
dans le monde. Dans cet article, il a expliqué qu’on pourrait
cultiver des riz hybrides en exploitant la stérilité móle
de cette plante.
En
1970, son assistant a trouvé un nouveau plant de riz stérile
móle sur l’île de Hainan, ce qui lui a permis d’entreprendre
des travaux d’expérimentation.
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En
1973, Yuan Longping a réussi à cultiver un riz hybride auquel
il a donné le nom de « Nanyou No 2 ». En 1976, ce riz hybride
a été semé sur une grande étendue et le rendement fêt
de 20% supérieur à celui du riz ordinaire. Gróce à ces
travaux remarquables, il a obtenu en 1981 le premier prix national
des « Inventions exceptionnelles ».
Ces
travaux qui ont été hautement appréciés par les agronomes
étrangers, lui ont valu le titre honorifique de « Père du
riz ». Selon les scientifiques, le riz à petite tige représente
la première révolution verte et l’apparition du riz hybride
le lever de rideau de la deuxième.
La
recherche sur le riz hybride revêt à présent une signification
pratique très importante. La Chine a une population de 1,26 milliard
d’habitants et la surface agricole utile est de moins de 0,1 ha
par personne. D’après des estimations récentes, au milieu
du siècle, la Chine comptera 1,6 milliard d’ómes et la surface
agricole utile sera alors de moins de 0,67 ha par habitant. Qui
nourrira une population chinoise si importante ? On est ici face
à une question primordiale. Certains économistes américains
estiment que la Chine ne pourra à l’avenir subvenir à ses
besoins en céréales et qu’il lui faudra en importer en grande
quantité, ce qui causera une pénurie de céréales et une
hausse sensible des prix des grains dans le monde. Ces estimations
sensationnelles ont créé une véritable panique au niveau international.
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D’après
Yuan Longping, cette analyse n’est pas dénuée de fondements,
mais elle reste partielle, parce qu’elle sous-estime le
rôle des facteurs scientifiques. Il a la conviction que
gróce aux efforts conjugués des scientifiques, les Chinois
seront tout à fait en mesure de couvrir leurs besoins en
céréales.
Actuellement,
à l’échelle mondiale, le monde entier fait face à
une véritable crise qui menace son existence même causée
par l’exploitation excessive des ressources, la détérioration
du milieu écologique, la dégradation des sols et des eaux
due à l’érosion et la désertification des terres
cultivées. De fait, la réduction rapide des terres cultivées
en Chine ne permet guère aux scientifiques chinois de pouvoir
se reposer sur leurs lauriers.
Yuan
Longping ne perd pas une minute dans son travail. Comme un
oiseau migrateur, il se déplace sans cesses de ses champs
d’expérimentation au Hunan à ceux dans l’île de
Hainan en fonction des saisons.
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En
1996, un groupe d’agronomes dirigé par Yuan Longping a commencé
à mettre en uvre un plan de recherches sur le super-riz hybride.
En 2000, le rendement de ce riz a dépassé 10,5 t de rizon à
l’hectare, premier objectif défini par le ministère de l’Agriculture
dans ce domaine. Ce chiffre a également dépassé la limite
du rendement de riz telle que l’estimaient par les agronomes japonais.
Le rendement de la rizière d’essai cultivée par Yuan Longping
a même atteint 16,5 t à l’hectare. Par ailleurs, la qualité
de ce super-riz est tout à fait satisfaisante. Beaucoup de personnes
qui ont pu le déguster ont affirmé que son goêt était même
meilleur que celui du riz de Thaïlande.
Le
prochain objectif est de parvenir à des rendements de 12 t de
rizon à l’hectare sur une grande superficie. Yuan Longping
est totalement confiant et prévoit que cet objectif pourrait être
atteint en 2003.
Yuan
Longping a apporté de l’espoir aux gens menacés par la famine.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
(OAA) estime que la culture des riz hybrides est la meilleure solution
pour augmenter la production de céréales. En 1991, Yuan Longping
a été engagé comme conseiller principal de cet organisation.
En 1992, l’OAA a décidé d’accorder la priorité à la
culture des riz hybrides avec l’aide de la Chine dans les principaux
pays producteurs de riz. Actuellement, plus de 20 pays et unités
territoriales cultivent des riz hybrides à grande échelle.
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Pour
exploiter l’hétérosis du riz, Yuan Longping a divisé ses
travaux de recherches sur le riz hybride en trois phases : le croisement
de trois lignées, le croisement de deux lignées et le croisement
à partir d’une seule lignée. Actuellement, le croisement
à partir d’une seule lignée n’a pas encore été réalisé.
Le directeur de l’Institut international de recherches sur le
riz estime qu’une fois réussis les travaux de Yuan Longping,
il serait possible de résoudre le problème de la faim dans le
monde.
Le
19 février 2001, Yuan Longping a re’u dans le Grand Palais du
Peuple de Beijing le certificat du prix plafond national des sciences
et des technologies signé par le président Jiang Zemin, accompagné
d’une prime de 5 millions de yuans.
Il
y a deux ans, une nouvelle sensationnelle en provenance du Hunan
s’est rapidement répandue dans toute la Chine : la marque portant
le nom de Longping était estimée à 100,89 milliards de yuans.
L’année dernière, la Société anonyme de hautes technologies
agricoles de Yuan Longping a été cotée à la bourse de Shenzhen.
Les techniques de Yuan Longping lui ont valu l’octroi de 2,5 millions
d’actions et il est ainsi le quatrième actionnaire de cette
entreprise. Les « hautes technologies de Longping » sont la
première valeur portant le nom d’un scientifique en Chine. De
ce fait, Yuan Longping fait office de précurseur.
En
fait, au départ, il était plutôt hostile à l’idée de
donner son nom à une entreprise. S’il y a finalement consenti,
c’est pour faciliter la collecte des fonds nécessaires à
ses recherches actuelles et permettre de poursuivre ses travaux
inachevés après sa retraite.
Il
y a plusieurs années, il a créé le « Fonds du riz hybride
de Yuan Longping » en faisant don d’un million de yuans, correspondant
à la somme du « prix de la science » que l’UNESCO lui avait
décerné et à ses rémunérations de conseiller auprès
des Nations Unies. Depuis, presque tous les ans, une dizaine de
groupes d’agronomes ont obtenu une somme de 58 000 yuans pour
subvenir aux frais de leurs recherches scientifiques. Quelque 300
personnes ont par ailleurs été financées par ce fonds pour
aller se perfectionner à l’étranger. Gróce à lui, la
Chine possède un contingents d’agronomes d’élite.
Si
on compte 1 000 yuans la tonne, l’augmentation de la production
de riz de 1976 à 1999 représente plus de 300 milliards de yuans.
En Chine, les fruits des recherches scientifiques de Yuan Longping
ont été transférés gratuitement. Envisageant le contexte
des années passées, Yuan Longping estime que le riz hybride
ne doit pas être considéré comme lui appartenant. « Je
ne veux que cela. » résume-t-il en montrant un épi de riz
qu’il tient dans la main.
Repères biographiques
:
Yuan Longping
est né en septembre 1930 à Beijing. Diplômé en
1953 de l’Institut d’agronomie du Sud-Ouest de la Chine,
il est directeur du Centre national de recherches sur les
techniques de culture du riz hybride et de l’Institut
de recherches sur le riz hybride du Hunan, membre du Conseil
de l’Institut de génétique de Chine, expert responsable
du groupe d’études spécialisées « 01-01-101 »
du programme « 863 ». En 1991, il fut engagé comme
conseillé principal à l’OAA. En 1995, il fut élu
académicien de l’Académie d’ingénierie de Chine.
Il est également vice-président du Comité provincial
du Hunan de la CCPPC et membre du Comité permanent du
Comité national de la CCPPC.
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