2001-9

Tourisme


 

Le Royaume des morts des Qing

Texte et photos : Alexis Vannier


 

L’auteur dans le tombeau de Tong Zhi. L’ensemble de l’immense domaine des tombeaux de l’Est des Qing a été inscrit l’an dernier sur la liste du Patrimoine de l’humanité par l’UNESCO.

    La route pour aller de Beijing aux tombeaux de l’Est des Qing n’est guère agréable. Deux cents kilomètres de trous et de bosses, dans un vacarme incessant de klaxons, avec pour seul paysage une banlieue peu agréable qui semble ne jamais devoir finir. Mais le voyage en vaut la peine.

    Après avoir contourné une dernière montagne, on quitte en effet cette poussiéreuse réalité pour une plongée dans l’histoire de la Chine. A première vue, le site ne semble rien avoir de particulier : une immense plaine de terre ocre parsemée de villages de paysans, barrée au fond par une cha»ne montagneuse. Pourtant, ici, tout est symbole. Après avoir passé un superbe portique de marbre et être entré dans l’immense domaine (78 km² !), on contourne une première colline qui sert de mur écran, comme celui qui se trouvait derrière la porte des résidences d’antan et destinée agrave; empêcher les mauvais esprits qui, comme chacun sait, ne se déplacent qu’en ligne droite, de perturber le repos impérial. Au cas où l’un d’entre eux aurait réussi agrave; s’infiltrer malgré tout, il devrait ensuite affronter les animaux et généraux de pierre, en costume de nomades des steppes, qui bordent la voie sacrée.

    Arrêtons-nous un instant. Devant, au nord, une montagne, autrefois parcourue par la Grande Muraille des Ming, destinée agrave; arrêter les Mandchous… que ceux-ci, ayant pris le pouvoir et fondé la dynastie des Qing, ont eu tôt fait de démanteler. Cette montagne donc, représente le trône de l’empereur. De chaque côté, une cha»ne de montagnes en forme d’arc de cercle, symbolisant les ministres. Si l’on se retourne, côté sud, la colline-écran que nous venons de contourner, avec sa forme plate rappelle la table de travail impériale et derrière, dans l’alignement exact, une autre montagne, pointue celle-lagrave;, dont la forme évoque deux mains jointes en signe de salut : le mandarin agrave; l’audience.

    Ici, le temps semble s’être arrêté quelque part juste avant 1911 et la révolution démocratique chinoise. Plus que dans les grandes villes, grouillantes et animées mais où une modernité sans imagination a fait dispara»tre aux yeux du néophyte étranger les traces de la longue histoire chinoise, on est en contact direct avec le passé de la Chine, on est transporté dans le temps. Les tombeaux des empereurs Qing en effet, agrave; part ceux du grand Qian Long (dont le règne a duré de 1736 — 1795) et de l’impératrice douairière Cixi (XIXe siècle), pillés par un seigneur de guerre en 1928, sont quasiment intacts, portant seulement les marques du temps qui passe. Devant le tombeau de Tong Zhi, le fils de Cixi, que celle-ci écarta du pouvoir effectif et qui mourut agrave; 19 ans, des enfants de paysans s’amusent dans la lumière du soleil couchant, sur la grande esplanade pavée. Ils faut les entendre parler pour s’apercevoir, gróce agrave; leur prononciation parfaite du mandarin, de leurs origines nobles : leurs ancêtres étaient chargés de veiller sur les tombeaux. Et peut-être pas seulement leurs ancêtres : un vieil homme en costume agrave; col Mao élimé est assis sur les marches du palais, devant la porte. On s’approche et lui demande s’il travaille ici. Il regarde le visiteur un temps, avant de répondre, le regard plein de fierté et d’humilité agrave; la fois : « Je suis ici au service de l’empereur. »

Vue aérienne des tombeaux de l’Est des Qing.

Pont de marbre menant au tombeau de l’empereur Tong Zhi. Quelque 161 personnes, dont 5 empereurs ont été enterrés dans ce domaine.

Le tombeau de l’empereur Tong Zhi.

Les portes du tombeau de l’empereur Tong Zhi s’entrouvrent pour nous. Visite exceptionnelle : le tombeau, qui n’a pas encore été restauré, est normalement fermé au public.

La table des offrandes en marbre. Devant la porte menant au palais souterrain où repose Tong Zhi, une table où des sculptures de marbres symbolisent les offrandes à l’empereur.


Phénix et dragon, tombeau de Cixi. Le tombeau de l’impératrice douairière qui régna sur la Chine durant toute la seconde moitié du XIXe siècle est un des plus richement décorés du domaine. C’est aussi un des plus riches en symboles. Sur cette stèle de marbre par exemple, fait quasiment unique dans l’histoire de la sculpture en Chine, le phœnix, symbole de l’impératrice (à gauche), domine le dragon (agrave; droite), symbole de l’empereur, résumé saisissant de la situation politique en Chine agrave; cette époque.

 

 

 


Intérieur du tombeau de l’empereur Qian Long. Son long règne correspond à l’apogée de la dynastie des Qing. Son tombeau est par conséquent l’un des plus magnifiquement décorés du domaine. Le palais souterrain, où reposent Qian Long et certaines de ses concubines et dont les parois de marbre sont entièrement couvertes de bas-relief et de soutras bouddhiques est une véritable splendeur.